Prix de Rome 1830-1839

Hector BERLIOZ - Alexandre MONTFORT - Éouard MILLAULT - Eugène PRÉVOST - Pierre LAGRAVE - Ambroise THOMAS - Charles-Valentin MOHRANGE dit ALKAN - Alphonse THYS - Adolphe LE CARPENTIER - Antoine ELWART - Hippolyte COLET - Auguste PLACET - Ernest BOULANGER - Vincent DELACOUR - Xavier BOISSELOT - Louis BESOZZI - Louis CHOLLET - Georges BOUSQUET - Edme DELDEVEZ - Charles DANCLA - Charles GOUNOD

1830

Hector Berlioz (1803-1869) à Saint-Petersbourg en 1867.
( Jean Malvaux, d'après une héliogravure allemande. Supplément au Guide musical du 29 novembre 1903. BNF Richelieu )
Hector BERLIOZ (1803-1869)

Principaux repères chronologiques

Critique musicale (Ed. Buchet/Chastel)


Alexandre MONTFORT (1803–1856)

Berlioz, qui pourtant ne goûtait guère la pantomime, rendant compte en 1837 de la première œuvre dramatique de Montfort, un ballet intitulé La Chatte métamorphosée en femme, écrivait dans la " Chronique de Paris " du 8 octobre  : "  Deux répétitions générales ont déjà permis de la juger ; les musiciens la trouvent, dit-on, élégante, facile, et bien écrite. Nous sommes assez portés, en consultant nos souvenirs sur la cantate qui lui valut le prix de 1830, à partager cette opinion sur le talent de M. Montfort ", et pour la petite histoire, l’auteur de la Damnation de Faust ajoute : " Malheureusement c’est de la musique de ballet " ! Le 22 octobre, après la première représentation, cette fois dans la " Revue et gazette musicale de Paris " Berlioz notait : "…nous avons applaudi plusieurs morceaux charmants où M. Montfort a fait preuve d’un talent facile, élégant, gracieux ; ailleurs, c’est à des scènes bien dramatiquement rendues par un orchestre riche et sans être bruyant, que nos applaudissements se sont adressés ". Malgré ces jugements flatteurs de la part d’un des plus grands musiciens français, l’œuvre d’Alexandre Montfort ne lui a pas survécu, même si l’on pensait en 1856, au moment de sa disparition, qu’il laissait " quelques ouvrages qui sauveront son nom de l’oubli ", notamment les opéras Polichinelle, la Jeunesse de Charles-Quint et le ballet La Chatte métamorphosée, qui connurent de brillants succès à l’Opéra-Comique sous la Monarchie de Juillet.

" Charmant artiste, simple de goûts, amical, plein de distinction ", Alexandre Montfort est né à Paris le 12 mai 1803. Entré au Conservatoire de musique et de déclamation, il y étudia le piano (1er prix en 1823), l’harmonie et le contrepoint avec Fétis, et la composition avec Berton. En 1829, il se présentait au Concours de Rome et obtint un deuxième Second Grand Prix avec la cantate La Mort de Cléopâtre, sur un livret de P.-A. Vieillard. Berlioz, qui se présentait pour la quatrième fois ne fut même pas récompensé; d’ailleurs aucun Grand Prix ne fut distribué cette année ! L’année suivante, à nouveau admis à l’épreuve ultime du Prix de Rome, Montfort décrocha le Grand Prix de Rome, deuxième nommé derrière Berlioz. Le sujet de la cantate était La dernière nuit de Sardanapale, sur un texte de Gail. Les partitions de Berlioz et de Montfort furent exécutées le 30 octobre 1830 lors de la séance publique de l’Académie royale des Beaux-Arts, sous la direction du chef d’orchestre Jean-Jacques Grasset. Monfort partit ensuite à la Villa Médicis, où il arrivait le 1er février 1831 en même temps que Berlioz, puis visita Rome et Naples, terminant son séjour aux frais du gouvernement par un voyage en Allemagne. Dans ses Mémoires (chapitre XXXIII), Berlioz rapporte ce curieux dialogue dont il fut témoin au cours de sa première soirée à la Villa Médicis ; cela se passait au réfectoire où une vingtaine de pensionnaires était réunie bruyamment autour d’une grande table. L’un d’eux, à sa vue s’écria, et les autres de renchérir:

- Enfin, voilà notre section de musique au complet !
- Eh ! Montfort, voilà ton collègue !
- Eh, Berlioz ! voilà ton fort.
- C’est mon fort.
- C’est son fort.
- C’est notre fort.
- Embrassez-vous.

- Embrassons-nous.
- Ils ne s’embrasseront pas !
- Ils s’embrasseront !
- Ils ne s’embrasseront pas !
- Si !
- Non !...

De retour à Paris en 1835, Alexandre Montfort se lançait dans la composition d’œuvres pour le théâtre et donna à l’Opéra, le 16 octobre 1837, La Chatte métamorphosée en femme, un ballet-pantomime en trois actes de Charles Duveyrier et Jean Corali, édité à Paris chez Jonas, et interprété ce jour là par MM. Quériau, Mazilier, Barrez et Mmes Fanny Elssler et Florentine. Resté au répertoire de l’Opéra durant plusieurs années, curieusement ce ballet fut notamment redonné la même semaine que la création de Benvenuto Cellini (10 septembre 1838), l’opéra en 2 actes de Berlioz ! Cette nouvelle représentation attira ce commentaire quelque peu malicieux d’un journaliste musical : " Mlle Nathalie Fitz-James est toujours une chatte fort espiègle, dont les égratignures sont de très gracieuses caresses, et qui se livre à ses exercices de quadrupède avec toute la légèreté qui caractérise son espèce. Elle s’accroupit avec beaucoup de gentillesse ; il ne manque à cette jolie danseuse qu’un peu d’énergie dans ses mouvements, et dans sa tenue un peu de dignité ".

La Madeleine
Eglise de la Madeleine au XIXe siècle. C'est là que furent célébrées les obsèques d'Alexandre Montfort le 14 février 1856.

S’ensuivirent plusieurs autres ouvrages dramatiques, tous représentés à l’Opéra-Comique : 14 juin 1839 : Polichinelle, un acte, livret de Scribe et Duveyrier (Lemoine) – 1er décembre 1841 : La Jeunesse de Charles-Quint, 2 actes, livret de Mélesville et Duveyrier (Grus) – 29 septembre 1844 : La Sainte-Cécile, 3 actes, livret de Ancelot et Comberousse (Meissonnier) – 13 octobre 1845 : La Charbonnière, 3 actes, livret de Scribe et Mélesville (Beck), - 28 avril 1853 : L’Ombre d’Argentine, un acte, livret de Biéville et Bayard (Colombier) – 8 octobre 1855 : Deucalion et Pyrrha, un acte, livret de Carré et Barbier (Lemoine). Alexandre Montfort composa également des mélodies sur des poèmes de Napoléon Crevel de Charlemagne : La Jeunesse espagnole, Le Retour de la pêche, Le Sereno, Voici le soir, éditées chez Delahante, Latte ou Lemoine, et quelques pièces pour le piano. Parmi celles-ci soulignons plus particulièrement ses 6 Valses brillantes (Lemoine), un Rondoletto (Lemoine), un Quadrille de contredanses pour piano à 4 mains (Bressler) et Les Colombes, recueil de valses pour le piano (Latte), qui " se distinguent par une facture élégante et des mélodies très agréables ". La France musicale, l’hebdomadaire des frères Escudier, mentionnait lors de la sortie de ce recueil en 1838 que " cette œuvre brillante fait honneur à l’auteur de la musique de la Chatte métamorphosée en femme ; elle est travaillée avec soin ; elle peut servir d’étude et faire même briller le jeu de l’exécutant. "

Après une courte maladie, Alexandre Montfort rendait l’âme le 12 février 1856 à Paris. Il n’avait pas atteint sa 53ème année, mais " par son caractère aimable, sa modestie, ses manières distinguées, autant que par son talent, il s’était fait de nombreux amis ", qui assistèrent en nombre à ses obsèques célébrées le jeudi 14 février à l’église de la Madeleine. Les frères Escudier ont dit de lui que " c’était un musicien laborieux, dont le cœur était à la hauteur de l’imagination. " Le 1er juin 1863 à l’Opéra de Paris, on donnait encore une représentation de son ballet La Chatte métamorphosée. Le succès de cette œuvre avait d’ailleurs incité Offenbach à écrire une nouvelle version, créée à Paris, aux Bouffes-parisiens, le 19 avril 1858 !

Denis HAVARD DE LA MONTAGNE

Audio lecteur Windows Media Alexandre Montfort, Rondo villageois pour piano, op. 8, dédié “à Mademoiselle Célina Tissot” (Paris, H. Lemoine). Fichier audio Max Méreaux (DR.)


Édouard MILLAULT (1808-1887)

Né à Paris, le 13 février 1808, Edouard Millault décrochait un premier Prix de solfège au Conservatoire de Paris en 1818, tout juste âgé de 10 ans ! Les succès s’ensuivirent rapidement : 1er Prix d’harmonie et d’accompagnement (1821), 2ème Prix de violon (1825), 1er Prix de contrepoint et fugue (1828). Elève de Fétis pour la composition et son répétiteur, il concourrait en 1830 pour le Prix de Rome avec notamment Berlioz qui se présentait pour la quatrième fois ! La Cantate avait pour sujet la Dernière nuit de Sardanapale. Le concours débuta le 15 juillet, en pleine révolution. Berlioz écrit dans ses Mémoires (XXIX) :

" L’aspect du palais de l’Institut, habité par de nombreuses familles, était alors curieux ; les biscaïens traversaient les portes barricadées, les boulets ébranlaient la façade, les femmes poussaient des cris, et dans les moments de silence entre les décharges, les hirondelles reprenaient en chœur leur chant joyeux cent fois interrompu. Et j’écrivais, j’écrivais précipitamment les dernières pages de mon orchestre, au bruit sec et mat des balles perdues, qui, décrivant une parabole au-dessus des toits, venaient s’aplatir près de mes fenêtres contre la muraille de ma chambre. Enfin, le 29, je fus libre... "

Berlioz remporta enfin le premier Grand Prix et Millault le premier Second Grand Prix. Entré à l’Orchestre de l’Opéra en 1829 comme second violon, il passa premier 1er violon le 1er novembre 1831, alors qu’Habeneck en assurait la direction ; en 1859, il fut promu 3ème chef. Membre de la Société des Concerts du Conservatoire dès février 1832, il se retira le 12 octobre 1869. Il se livra également à l’enseignement et fut notamment répétiteur d’une classe de contrepoint et de fugue, puis d’une classe de solfège au Conservatoire de Paris. On lui doit des œuvres pour orchestre, de la musique de chambre et de la musique sacrée. Edouard Millault est décédé le 13 avril 1887 à Paris.

D.H.M.


1831

Eugène PRÉVOST

On pourra consulter et écouter sa fugue présentée lors de sa première tentative au Concours de Rome en 1829.

Notice sur cette page distincte.

Page de titre du premier numéro (février 1827) de la Revue musicale de François-Joseph Fétis dans laquelle parut le 14 juillet 1832 l'article sur Pierre Lagrave.
Pierre LAGRAVE (1810-1832)

Quelle triste destinée que celle de Pierre Lagrave qui, promis à un brillant avenir, ne put supporter de voir le premier Grand Prix de Rome lui échapper et l’émotion fut si forte qu’il en succomba à l’annonce des résultats. Il avait tout juste 22 ans ! Trop jeune pour laisser une œuvre durable, son nom serait même à tout jamais perdu si l’un de ses anciens professeurs, François-Joseph Fétis, n’avait pas écrit sur lui en juillet 1832 ces quelques lignes1  ; panégyrique bien modeste, certes, mais qui a tout de même franchi un siècle et demi et qui suffit à nous faire connaître la grandeur d’âme du musicien qu’Atropos nous a enlevé dans la fleur de l’âge:

Les suites du concours de composition musicale de l’Institut ont été funestes cette année, car le jeune Lagrave y a trouvé la mort. Doué de l’imagination la plus brillante et la plus originale, ce jeune artiste, élève de MM. Berton et Fétis, était vraisemblablement destiné à faire un jour la gloire de l’école française. Des quatuors, des symphonies qu’il avait fait entendre avaient donné de lui cette opinion à ceux qui les avaient entendus. L’année dernière il avait obtenu un premier second prix à l’Institut. Tout semblait présager son triomphe au concours de cette année ; mais le premier prix a été adjugé jeudi dernier à M. Thomas, élève de M. Lesueur, par la section de musique. Emu à l’excès par ce jugement qui renversait ses espérances, Lagrave fut frappé d’une attaque de nerfs si violente qu’elle a causé sa mort. Ce cruel événement n’est pas seulement douloureux pour sa famille et ses amis ; elle enlève à la France un artiste qui l’aurait honorée.

Pierre Lagrave, né vers 1810 à Paris rejoignit très jeune le Conservatoire, où il suivit notamment les classes de violon d’Habeneck, de contrepoint de Fétis et de composition de Berton. N’ayant pas encore atteint l’âge de 20 ans, on donnait déjà de lui un O Salutaris au cours d’un concert au Conservatoire, en novembre 1830. Ce même jour d’ailleurs, une certaine Antoinette-Constance Lagrave, élève de piano du Conservatoire et probablement sa sœur ?, exécutait un Air varié de Kalkbrenner. En juin 1831, Pierre Lagrave était admis comme alto à l’orchestre de l’Opéra, alors dirigé par Habeneck, son professeur au Conservatoire. Au même moment il était retenu, avec Eugène Prévost, Antoine Elwart, Ambroise Thomas, et Joseph Léfébvre pour le Concours de Rome à l’issue de la première épreuve qui avait réuni 11 candidats. La cantate La fuite de Bianca Capello, écrite sur un texte du marquis de Pastoret, lui valut cette année un premier second Grand Prix, derrière Prévost. Elwart obtenait le deuxième Second Grand Prix, Thomas la mention honorable et Lefébvre n’était pas récompensé. L’année suivante, persuadé d’obtenir cette fois-ci la plus haute récompense, il se présenta à nouveau. Le sujet de la cantate était Hermann et Ketty, à nouveau tiré d’un texte du marquis de Pastoret. Hélas, Lagrave ne figura même pas parmi les lauréats : seuls furent primés Ambroise Thomas (premier Premier Grand Prix) , ainsi que Xavier Boisselot et Charles Alkan (mention). C’en fut trop, notre jeune artiste trop émotif et impressionnable ne put supporter cette décision et il en mourut ; c’était au début du mois de juillet 1832...

Denis HAVARD DE LA MONTAGNE

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1) Revue musicale du 14 juillet 1832. Cette revue hebdomadaire, fondée en février 1827 par Fétis, fut l'une des premières du genre en France. En novembre 1835 elle fusionna avec la Gazette musicale de l'éditeur Schlesinger (1833) sous le titre de Revue et Gazette musicale de Paris qui parut jusqu'à la fin du XIXe siècle. [ Retour ]


1832

Ambroise Thomas (1811-1896),
Grand Prix de Rome en 1832,
directeur du Conservatoire de Paris
en 1871. Membre de l'Institut dès 1851
au fauteuil de Spontini, premier musicien
élevé à la dignité de Grand-Croix
de la Légion d'honneur en 1894,
il est l'auteur de plusieurs opéras
dont Mignon (1866) qui a connu
plus de deux mille représentations
en moins d'un siècle
( photo Ruck )
Ambroise THOMAS (1811-1896)

Duo Lemarié
Paru en 2003, ce CD contient notamment en 1er enregistrement mondial les Deux chants de l’ancien Pérou, joués par les Indiens sur La Quena, leur instrument national, harmonisés pour trois saxophones par Ambroise Thomas, interprétés par le Duo Lemarié (Chiharu Inoué et Yann Lemarié) et Jean Ledieu. [Duo Lemarié OLCD-0201], année de parution : 2003, disponible chez Vandoren, 56 rue Lepic 75018 Paris (tél. 01 53 41 83 00) ou Website : duo-lemarie.com

La Bibliothèque nationale du Québec propose en ligne divers enregistrements anciens : http://www4.bnquebec.ca/musique_78trs/mc359.htm


Charles Valentin MOHRANGE dit ALKAN (1813-1888)

Charles-Valentin Alkan en 1860 (BNF/Gallica)
Charles-Valentin Alkan en 1860
( BNF/Gallica ) DR

Alkan (Charles-Valentin), connu sous le nom d’Alkan aîné, né à Paris, au mois de décembre 1813, montra dès ses premières années les dispositions les plus remarquables pour la musique. Admis comme élève au Conservatoire de Paris, il y obtint le premier prix de solfège à l’âge de sept ans et demi. Dans le même temps il exécuta en public un air de Rode sur le violon ; mais dans la suite il abandonna cet instrument. Ses progrès dans l’étude du piano, sous la direction de Zimmerman, ne furent pas moins rapides, car il était à peine âgé de dix ans lorsque le premier prix de cet instrument lui fut décerné dans un concours public.

Devenu l’élève de Dourlen pour l’harmonie, il porta dans l’étude de cette science l’heureuse organisation dont la nature l’avait doué, et pour la troisième fois fut vainqueur de ses rivaux dans l’école qui avait été le théâtre de ses autres succès ; le premier prix lui fut accordé en 1826. Zimmerman, qui avait fait son éducation de pianiste, lui donna ensuite des leçons de contrepoint et de fugue, et ce fut comme élève de ce professeur qu’il parut en 1831 au concours du grand prix de l’Institut, et qu’il y obtint une mention honorable. Depuis lors ce jeune artiste s’est livré à la composition pour son instrument et à l’enseignement du piano. Il s’est fait entendre avec succès dans plusieurs concerts, notamment à l’un de ceux du Conservatoire, où il a exécuté un concerto de sa composition dans la saison de 1831. Doué d’un talent sérieux et original, Alkan n’a pas recherché les succès de vogue, que sa grande habileté lui eût rendu faciles. Les artistes ont une grande estime pour son mérite, et en portent très haut la valeur. Cette opinion est justifiée, car Alkan n’est pas seulement un très habile pianiste et un compositeur plein de fantaisie ; c’est un grand musicien qui a jusqu’au fond du cœur le sentiment du beau. Sa manière est d’une originalité incontestable. Mais sa musique est difficile, et pour en bien saisir l’esprit, il faut la lui entendre jouer : le public ne le connaît pas suffisamment.

M. Alkan a publié jusqu’à ce jour les productions dont les titres suivent : 1°Les Omnibus, variations pour le piano dédiées aux dames blanches ; Paris, Schlesinger. – 2° Variations sur le thème de L’Orage de Steibelt. – 3° Concerto pour le piano avec accompagnement d’orchestre. – 4° Vingt-cinq préludes dans tous les tons majeurs et mineurs pour orgue ou piano, en trois suites, op. 31 ; Paris, Brandus. – 5° Douze études dans tous les tons majeurs, op. 35 ; ibid. – 6° L’Amitié, grande étude ; ibid. – 7° Marche funèbre, op.26 ; ibid. – 8° Marche triomphale, op.28 ; ibid. – 9° Le Chemin de fer, étude pour le piano. – 10° Bourrée d’Auvergne, étude, op. 29 ; ibid. – 11° Les Preux, étude de concert, op. 17 ; ibid. – 12° Nocturne pour piano forte, op. 22 ; ibid. – 13° Saltarelle, idem, op. 23 ; ibid. – 14° Gigue et air de ballet, idem, op.24. ; ibid. – 15° 1er Trio pour piano, violon et violoncelle, op. 30 ; Paris, Richault. – 16° Due fughe da Camera (Jean qui pleure et Jean qui rit) ; ibid. – 17° Partitions pour le piano tirées des œuvres de Marcello, Glück, Haydn, Grétry, Mozart, nos 1 à 6 ; ibid. – 18° Variation-fantaisie à quatre mains sur un thème de Don Juan ; ibid. – 19° Recueil d’Impromptus, op. 32, Nos 1 et 2. – 20° Grande sonate, op. 33. – 21° Scherzo focoso. – 22° Duo concertant pour piano et violon, op. 21. – 23° Etudes caprices, formant les œuvres 12, 13, 15, et 16 et renfermant trois Improvisations dans le style brillant, trois andante romantiques, trois morceaux dans le genre pathétique, dédiés à Liszt, et trois scherzi. – 24° trois marches, quasi da cavaleria, op. 37, 1er et 2ème livres de chants pour piano, op. 38. – 25° Douze études dans les tons mineurs, dédiés à M. Fétis, op. 39. Cet ouvrage est une véritable épopée pour le piano : elle se développe en 276 pages de musique, et l’on y retrouve des pièces de genre absolument nouveau, une symphonie en quatre parties, un concerto en trois divisions, une ouverture, un dernier morceau intitulé Le Festin d’Esope. – 27° Trois marches à quatre mains, op. 40. – 28° Trois fantaisies dédiées à L., op. 41. – 29° Réconciliation, petit caprice en forme de danse basque, op. 42. – 30° Salut, cendres du pauvre! paraphrase, op.45. – 31° Sonate pour piano et violoncelle, op. 47. On a aussi d’Alkan plusieurs ouvrages distingués sans nos d’œuvres, entre autres, Les Mois, qui se composent de douze morceaux, en quatre suite ; trois grandes études pour la main gauche seule ; trois grandes études pour la main droite seule ; étude à mouvement semblable et perpétuel pour les deux mains.


François Joseph Fétis
Biographie universelle des musiciens
et bibliographie générale de la musique
Paris, Firmin-Didot, t. I, pp. 70-71 (1866)

(saisie et numérisation Max Méreaux)

Audio lecteur Windows Media Charles-Valentin Alkan, Nocturne pour le piano, op. 22, dédicacé “à Madame Elisa Poussielgue” (Mayence, B. Schott, n° 7728). Fichier audio par Max Méreaux (DR.)


1833

Alphonse THYS (1807-1879)

Si le nom d’Alphonse Thys ne dit probablement plus rien à personne de nos jours, les auteurs, compositeurs et éditeurs de musique lui doivent cependant beaucoup, car avec Ernest Bourget c’est l’un des fondateurs en 1851 de la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique, plus couramment appelée SACEM ! Il en fut d’ailleurs à l’époque l’un des membres les plus actifs et élu président à plusieurs reprises. Rappelons que si cette société civile composée de sociétaires ne comptait dans ses rangs au départ que 200 sociétaires, de nos jours 80 000 sont membres de la SACEM, et plus de 650 000 œuvres sont créditées de droits. Il ne faut pas oublier également que 180 000 œuvres du monde entiers sont déposées chaque année...

Né à Paris le 8 mars 1807, Alphonse Thys, après avoir appris le piano, intégra le Conservatoire de Paris lors de la rentrée d’octobre 1825. Il suivit dans cet établissement les classes d’Emile Bienaimé (harmonie) et de Berton (composition). C’est ce dernier qui l’amena en 1833 au Concours du Prix de Rome. Le sujet imposé, la cantate Le Contrebandier espagnol, lui valut de décrocher le Grand Prix. Il partit ensuite durant deux années à la Villa Médicis, mais renonça cependant à poursuivre son séjour en Italie et en Allemagne, comme il était de coutume pour tous les pensionnaires du gouvernement. Après avoir regagné Paris, il commença à se faire un nom comme auteur de romances et autres pièces faciles pour le piano, ainsi qu’en écrivant de la musique pour des pièces de théâtre de genre, jouées au Théâtre du Gymnase notamment. On lui doit ainsi des airs devenus populaires comme La Belle Limonadière ou La Nuit au sérail... Puis il se lança dans une carrière de compositeur dramatique, mais le succès ne fut jamais vraiment au rendez-vous : Alda (opéra en un acte, Opéra-Comique, 1835), Le Roi Margot (comédie à ariettes, Théâtre de la Renaissance, janvier 1839), Oreste et Pylade (opéra-comique en un acte, Opéra-Comique, février 1844), l’Amazone (opéra-comique en un acte, Opéra-Comique, novembre 1845), La Sournoise (opéra-comique en un acte, Opéra-Comique, septembre 1848)... Il est également l’auteur d’un petit opéra de salon : Les Echos de Rosine pour chant et piano, et de plusieurs chœurs pour voix mêlées ou pour voix d’hommes, parmi lesquels Les plaisirs de la chasse, édités à Paris en 1864 chez P. Dupont.

C'est elle!, mélodie d'Alphonse Thys, paroles d'Auguste Richomme, chantée par M. Lac - Paris, Au Ménestrel, 1843 (DR)C'est elle!, mélodie d'Alphonse Thys, paroles d'Auguste Richomme, chantée par M. Lac - Paris, Au Ménestrel, 1843 (DR)C'est elle!, mélodie d'Alphonse Thys, paroles d'Auguste Richomme, chantée par M. Lac - Paris, Au Ménestrel, 1843 (DR)
C'est elle!, mélodie d'Alphonse Thys, paroles d'Auguste Richomme, chantée par M. Lac ( Paris, Au Ménestrel, 1843 ) DR

Alphonse Thys se livra aussi à l’enseignement de la musique. Parmi ses nombreux élèves, signalons plus particulièrement le prince Edmond de Polignac (1834-1901), ami de Fauré et de Proust, auteur de musique de chambre. Sans doute utilisait-il pour l’apprentissage du solfège la méthode simplifiée de Pierre Galin, alors en vogue à cette époque ? Il à d’ailleurs préfacé en 1873 l’ouvrage de Sophronyme Loudier sur ce sujet, intitulé La Musique au village. Histoire anecdotique de la méthode Galin-Paris-Chevé (Paris, librairie de l’Echo de la Sorbonne, in-16, VII-104 p., portrait d’E. Chevé).

Alphonse Thys est décédé au début du mois d’août 1879, à Bois-Guillaume, non loin de Rouen (Seine-Maritime). Sa fille Pauline Thys-Sébault (1837-1892), également compositeur de musique, eut quelques succès dans les chansons et autres airs populaires, comme continuatrice de la romance gauloise de Loïsa Puget. Tout comme son père, elle se lança dans le théâtre avec bonheur et écrivait elle-même ses livrets la plupart du temps: La pomme de Turquie (opérette en un acte, Bouffes-Parisiens, 1857), Quand Dieu est dans le ménage, Dieu le garde (opérette, 1860), La perruque du Bailli (opérette, Salle Herz, 1860), Le Roi de Cocagne (opéra-comique en 2 actes, sur un livret de Desforges, Théâtre-Lyrique, mai 1862), Manette (opéra-comique, Vaudeville, 1865), Le cabaret du Pot-cassé (opérette en 3 actes, Alcazar de Bruxelles, octobre 1878), Le Fruit vert (opéra-comique en 3 actes)...

On ignore si le peintre Gaston Thys né en 1863, mort à l’âge de 30 ans en 1893, Grand Prix de Rome de peinture en 1889 pour son Christ et le Paralytique, est de la même famille qu’Alphonse ?

D.H.M.

Adolphe Le Carpentier, vers 1860
( Estampe, Impr. Bertauts, B.N. Paris )
Adolphe LE CARPENTIER (1809-1869)

Musicien complet, Adolphe Le Carpentier a voué sa vie à l’enseignement de la musique, aux dépens de sa carrière de compositeur et de pianiste concertiste, publiant plusieurs ouvrages pour l’instruction et un grand nombre de pièces de piano faciles pour débutants.

D'où viens-tu beau rivage, rêverie de Louis Abadie, transcrite et variée pour piano par Adolphe Le Carpentier, op. 209 (Paris, J. Meissonnier fils).
( Coll. D.H.M. )

Né le 17 février 1809 à Paris, d’un père professeur de violon et auteur d’une Méthode de violon (Paris, Frey), Adolphe-Clair Le Carpentier entra à l’âge de 11 ans, en août 1818, au Conservatoire de musique et de déclamation. Il y étudia le solfège, le piano, l’accompagnement pratique et l’harmonie (1er prix en 1827), le contrepoint et la fugue avec Fétis (1er prix en 1831) et la composition avec Lesueur. C’est ce dernier qui l’amena au Concours de Rome en 1833 pour lequel il remporta un premier Second Prix avec la cantate Le Contrebandier espagnol.

Dès lors, Adolphe Le Carpentier se livra à l’enseignement du piano, du solfège et de l’harmonie, jusqu’au moment de son décès arrivé à Paris le 14 juillet 1869. Cet éminent professeur fut longtemps regretté de ses élèves, au point que Marie Escudier dans son journal " La France musicale " du 18 juillet 1869 écrivait : " La mort vient de frapper un musicien de grande valeur et très justement estimé, M. A. Le Carpentier. Quel est le pianiste qui n’a pas joué les compositions de ce maître et qui ne connaît la Méthode Le Carpentier pour le piano ? Cet ouvrage seul suffirait pour sauver son nom de l’oubli. Il emporte dans la tombe les regrets unanimes des artistes et des nombreux amis que son caractère aimable lui avait faits. Ses obsèques ont eu lieu vendredi dernier [16 juillet], dans l’église Notre-Dame-Bonne-Nouvelle, au milieu d’une affluence considérable. "

Adolphe Le Carpentier a laissé un nombre important de pages de piano pour " les commençants " et plusieurs ouvrages pédagogiques dont certains ont été réédités à plusieurs reprises: Ecole d’harmonie et d’accompagnement (Paris, chez l’auteur), Méthode de piano pour les enfants ( Paris, Meissonnier), Solfège pour les enfants (id.), Grammaire musicale (id., 1855)... Parmi son œuvre pianistique, qui comporte plus de 200 numéros d’opus, citons de nombreuses Bagatelles sur Paquita, sur Dom Sébastien, sur Mina, sur Maria di Rohan, sur le Code Noir, et des Fantaisies sur Marie Stuart, sur Ernani, sur le Désert, sur les Hirondelles, sur Dom Sébastien..., toutes éditées " Au Bureau central de musique " 29 place de la Bourse, à Paris.

En 1863, la Compagnie Musicale (E. Gérard et Cie) publiait un Album de Danses n°2, très facile, (pour 1864), contenant notamment un petit quadrille de Le Carpentier sur des motifs de Lucie Lammermoor de Donizetti, « cet opéra ravissant qu'on ne se lasse pas d'entendre » et la Baguette magique, schottisch par le même auteur. On pouvait alors lire sous la plume de Sextius Durand, dans l'hebdomadaire La France musicale du 13 décembre 1863, ces quelques lignes ô combien flatteuses :

« Quant à M. Le Carpentier, il y a longtemps qu'il est passé maître dans cet art de faire du facile sans nuire en rien au charme des mélodies et à la couleur des dessins harmoniques d'un morceau. Il connaît tout ce qui doit être élagué dans une composition sans altérer la pensée de l'auteur et lui enlever son effet. C'est ce qui le rend si cher aux jeunes élèves et l'a fait surnommer la Providence des enfants. »

Denis HAVARD DE LA MONTAGNE



1834

Antoine ELWART (1808-1877)

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Hippolyte Colet
Hippolyte Colet
( BNF Richelieu )
Hippolyte COLET

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Auguste PLACET (1816-1888)

Bien qu'il ait obtenu à l'époque quelques succès comme chef d'orchestre et compositeur, voilà encore un musicien dont le nom n’a pas même été retenu dans les annales puisqu’il est ignoré de tous les ouvrages spécialisés. Les présentes informations biographiques, même si elles demandent à être parfois approfondies, ont au moins le mérite de faire renaître la mémoire de ce lauréat du Prix de Rome.

Né aux Ternes (Neuilly-sur-Seine)1 le 14 octobre 1816, Auguste-Francis Placet2, fils de Sébastien Placet (1783-1864), employé au Ministère de l'Intérieur, et de Louise Grison, intègre rapidement le Conservatoire national supérieur de musique. Il y fréquente les classes de Ferdinand Gasse (solfège) dans laquelle il décroche un second prix en 1830 qu'il partage avec Alkan jeune, puis un premier prix l’année suivante, de Paul Guérin (violon), d’Antoine Reicha (contrepoint) et pour la composition, celle de Jean-François Lesueur. En 1834 il se présente au Concours de composition de l’Académie des Beaux-Arts et reçoit une mention honorable pour sa cantate L’Entrée en loge, sur un texte de Gail, derrière Elwart, Colet et Boisselot. La même année, au mois de février il est engagé comme alto à l’orchestre de l’Opéra dirigé par Habeneck, poste qu'il occupe jusqu'au 30 septembre 1839. Entre temps, en 1837 il se présente à nouveau au Concours de Rome. Admis à entrer en loge, aux côtés de Gounod, Deldevez, Chollet et Besozzi avec pour sujet la grande scène lyrique intitulée Marie Stuart et Rizzio, sur des paroles de Léon Halévy, il n’obtient aucune récompense. En novembre 1838 il est admis comme membre de la Société des Concerts du Conservatoire. A cette époque, on le trouve également jouant de son instrument à l’orchestre du Théâtre-Italien, alors installé dans la Salle Favart (place Boieldieu) et à celui du Théâtre du Gymnase-Dramatique situé au numéro 38 du boulevard de Bonne-Nouvelle, où l’on joue principalement des vaudevilles d’Eugène Scribe. C’est dans cette salle que la célèbre tragédienne Rachel (1821-1858) débute le 24 juillet 1837, dans la Vendéenne, une pièce de Paul Duport qui n’eut d’ailleurs aucun succès.

Aux cotés de Théophile Tilmant (violon) et d'Alexandre Tilmant (violoncelle), Auguste Placet se produit très tôt en formation de chambre : le 26 juin 1838 dans la salle Ventadour, ils interprètent le Quintette en ut majeur pour 2 violons, 2 altos et violoncelle de Beethoven accompagnés de Chrétien Urhan (violon) et Anton Bohrer (alto). Le 3 février 1839 dans les salons de Pape, cette fois en compagnie de Charles Lenepveu (violon), les frères Tilmant et Placet jouent le 10e Quatuor de Mozart, et avec Théodore Doehler (piano) qui se joint à eux pour la circonstance un Quintette de Schubert.

A la fin de l'année 1839 Placet quitte Paris pour se rendre au Théâtre de Saint-Pierre, à la Martinique, alors dirigé par Eugène de Peronne. « Artiste musicien », domicilié dans cette ville 46 rue du Petit Versailles, d'une liaison avec l'artiste lyrique Caroline Boucher (c. 1820-1866) il a un fils prénommé Charles, né à Saint-Pierre le 26 juin 1841.3 Mlle Boucher, parisienne de naissance, après la Martinique, se produira en métropole en province, puis à Alger (1860)4, avant d'être engagée en 1862 au Théâtre-Royal d'Anvers, où, notamment comme « duègne, rivalisait d'entrain et de naturel avec M. Moreau. » Retournée à Alger en 1865, elle y meurt en avril 1866 des suites d'une attaque d'apoplexie. Quant à Auguste Placet, en 1847, l'année même ou Eugène de Peronne est nommé directeur du Théâtre-Royal de la Guadeloupe, il en devient le chef d'orchestre.

De retour à Paris, il est engagé au Théâtre-Lyrique comme second chef d'orchestre et en 1852 succède à Alphonse Varney au poste de premier chef. Ce théâtre situé boulevard du Temple et qui avait ouvert ses portes en 1848, alors dirigé par Jules Seveste et plus tard par Léon Carvalho, s’efforçait notamment de donner des œuvres de compositeurs lauréats du Prix de Rome.5 Ayant quitté le Théâtre-Lyrique quelques années plus tard, en mars 1856 il est engagé par l’administration des bains de Dieppe (Seine-Maritime) pour diriger la musique symphonique et le théâtre à compter de sa prochaine saison. A ses côtés sont également engagés Marx pour la direction des bals, et Sourdillon pour les fanfares. L'année suivante, pour l'inauguration de son nouvel établissement de bains de mer un « concert et bal dans la nouvelle et splendide salle bâtie ainsi dire sur la page » sont donnés les samedi et dimanche 25 et 26 juillet avec un feu d'artifice tiré en pleine mer. Une cantate d'Auguste Placet sur des paroles de Dardoise est exécutée par les choeurs du Conservatoire de Paris dirigés par Batiste, avec le baryton de l'Opéra Bussine et Mlle Caye du Théâtre-Lyrique. On joue également « une très agréable » ouverture de son opéra les Cavaliers de la Reine qu'il dirige lui-même à la tête de son orchestre du Casino qu'il va conduire jusqu'en 1873. Durant les hivers, il regagne la capitale et c'est ainsi qu'on le rencontre le 27 janvier 1864 à la Salle Herz pour diriger l'orchestre jouant les Trois rêves et la fantaisie pour piano et orchestre Les Bois d'Emile Prudent, les ouvertures d'Egmont et des Noces de Figaro ; sont également donnés deux oeuvres de Marie Darjou (une élève de Prudent), une Romance sans paroles de Mendelssohn, une Pensée musicale de Schubert et le Scherzo, op. 20, de Chopin ; puis le 11 mars 1866 au Cirque de l'Impératrice (Champs-Elysées) où il conduit le premier concert de la Société philharmonique de Paris avec les choeurs de la Société chorale Chevé. Le 22 novembre de cette même année 1866 à l'église Saint-Vincent de Rouen, pour la fête de Sainte-Cécile une « Messe solennelle à 4 voix en choeur avec solos et grand orchestre », composée pour la circonstance par Amédée Méreaux, est exécutée par 120 chanteurs et instrumentistes sous la direction de Placet « l'habile chef dont le talent est bien connu. » En 1872, le lundi 6 mai au Conservatoire de Paris il conduit l'orchestre Danbé dans la Marche et finale du Concerto pour piano de Weber, avec Antonin Marmontel (piano), lors du concert organisé par la Société des « Orphelins de la guerre ». A cette manifestation s'étaient également jointes d'autres sommités du monde musical, entre autres les pianistes Francis Planté, Louis Diémer et Francis Thomé, la chanteuse Caroline Carvalho, les violonistes Teresa Milanollo-Parmentier, Delle-Sedie, Charles Dancla, Henri Vieuxtemps, Delphin Alard, Jean-Baptiste Cuvillon, Camillo Sivori, le violoncelliste Auguste Franchomme, l'organiste Charles-Marie Wido et l'harmoniumiste Alexandre Félix-Miolan.

Auguste Placet semble avoir terminé sa carrière de musicien comme violon dans l’Orchestre du tout nouveau Eden-Théâtre de Paris, ouvert en 1883 dans la rue Boudreau (IXe) . C'est là d'ailleurs que l’actrice Cécile Sorel (1873-1966) fait ses débuts avant de regagner en 1901 la Comédie-Française. Célibataire, domicilié 57 rue de Dunkerque à Paris, il est décédé le 10 décembre 1888 à l’hospice de la « Maison municipale de santé », 200 rue du Faubourg Saint-Denis à Paris Xe.

Même si les compositions de Placet sont disparues des programmes depuis longtemps, il n'en demeure pas moins qu'elles connurent un certain succès sous le Second Empire jusqu'au milieu de la Troisième République, d'autant qu'elles consistent principalement en mélodies et autres pages légères pour le piano ou pour l'orchestre, pièces très prisées par le public. La BnF en conserve une bonne partie et parmi ses oeuvres, il convient de nommer pour piano : La Reine des Sylphides, cavatine boléro (Paris, Excoffon, 1844), La Créole, valse (Excoffon, 1846), Elodie, valse (Excoffon, 1849), La Ronde du village, quadrille composé sur une romance de A. Lestrelin et sur des motifs originaux (Excoffon, 1849), Corinne, polka des Antilles (Excoffon), J'ai du bon tabac, polka (J.Maho, 1858), Sempronia, polka-mazurka (Paris, J. Maho, 1861), Pilot-boat, polka (1862), Babita, polka (Paris, Emile Chatot, 1863), Les Pléiades, suite de valses (Paris, Choudens, 1863), Jean Bouzard (Paris, G. Hartmann, 1868), Les Secrets de la plage, valse (G. Hartmann, 1868), L'Espoir, valse, op. 51 (Paris, E. Gérard, 1873, puis A. Le Signe, 1891), Le Retour, galop (Paris, Aymard Dignat, 1876, puis Hachette, 1907) ; pour orchestre : Le Retour, galop (Aymard Dignat), Espoir, valse (E. Gérard, 1875, puis A. Le Signe) ; pour voix et piano : Noble Dame si belle !, romance, paroles d'Edmond Rupalley (Paris, Veuve Launer, 1843, puis Excoffon), Chantons nos amours, chant de matelot, La Veille du combat, romance, ces deux oeuvres sur des paroles du même (Vve Launer, 1843), Crains l'orage, romance, id. (Excoffon, 1844, puis L. Vieillot, 1857), Gennaro le gondolier, id. (Excoffon, 1844), Avec toi, id. (Nadaud), Je veille sur toi, romance, id. (Nadaud), Le Remplaçant, chansonnette-romance, paroles de J. L'Héritier (Excoffon, 1845), Le Matelot de Paris, chansonnette, paroles de Laurent Bénic (Excoffon, 1849), Paris et les amours, romance, paroles du même (Excoffon, 1849), Les Ouvriers du tour de France, chansonnette populaire, id. (Excoffon, 1849), Adieu, rêves d'amour, mélodie, paroles de Joseph Pollio (L. Langlois, 1907).


Charles Placet, Musette, polka pour piano
( Paris, F. Schoen, 42 boulevard Malesherbes, 1876 / coll. © Biblioteca Nacional de Espana )
Charles Placet, Patins et fourrures, mazurka pour piano,
dédicace “A Madame Deregnaucourt”
( Paris, F. Schoen, 42 boulevard Malesherbes, 1876 / coll. ©Biblioteca Nacional de Espana )

Auguste Placet, partition: Noble Dame si belle !, romance interprétée par le ténor Gozora, chanteur de salon très en vogue dans les années 1850, dédicacée “à son ami Charles Laurent”,
version pour voix et accompagnement de guitare réalisé par Rigot
( Paris, Excoffon, 1843, Coll. Connecticut College, Charles E. Shain Library, New London, CT, USA ) DR.

On doit encore à Auguste Placet la musique du ballet en 1 acte de M. Mathieu, les Bergers de Watteau, donné le mardi 24 juin 1856 aux Bouffes-Parisiens avec Mlle Marquitta, un petit drame maritime Balidar, le corsaire de la Manche, paroles de M. Feret, représenté en août 1862 à Dieppe sous la direction du compositeur, un choeur à 4 voix Les Francs-Archers, grande scène chorale, paroles de Francis Tourte (1853), notamment chantée le dimanche 10 mars 1867 aux Champs-Elysées d'hier (Théâtre du Prince Impérial, 46 rue de Malte), avec d'autres oeuvres de Charles Lefebvre, Rossini, Jules Cohen, Eugène Prévost, Henri Vieuxtemps, Charles Gounod et Weber, par la Société des Enfants de Lutèce, sous la direction de Gaubert, et un Ave Maria exécuté le Vendredi Saint (28 avril) 1865 au concert spirituel du Pré-Catalan dans le Bois de Boulogne (Paris XVIe), par un orchestre de symphonie de 100 artistes, avec le concours de la société chorale « Les Glaneurs » et également au programme le Stabat de Rossini, un Hymne d'Haydn, un Oratorio de Mozart, un choeur extrait de l'opéra Joseph de Méhul, une Symphonie de Beethoven, l'O Salutaris de Bordèse et la Marche religieuse de Nicou-Choron. Ajoutons qu'au Concours de 1855 de la Société impériale d’agriculture, sciences et arts de arrondissement de Valenciennes, section musique : « composition musicale sur la cantate Anzin », il avait remporté un 3e prix (médaille d'argent) ex-aequo avec Charles Duhot (1834-1905), de Condé, compositeur à Paris.

Signature autographe d’Auguste Placet, 1841 (DR.)

Son fils Charles Placet fit aussi une carrière musicale après avoir fréquenté le Conservatoire de Paris, où il avait décroché un 1er accessit d'harmonie en 1861. Chef d'orchestre, il succédait en 1873 à Charles Constantin à la tête de l’orchestre du Théâtre-Lyrique de L’Athénée, puis à partir de juillet 1876 prenait la direction de celui du Casino du Tréport (Seine-Maritime). A cette époque, les instrumentistes engagés étaient issus de formations prestigieuses ; c'est ainsi que pour ses débuts au Tréport, Charles Placet avait engagé, entre autres musiciens, Henri Ghys, pianiste et compositeur, Lamoury, violon solo de S. M. le roi de Portugal, Gianini, 1er violon du Théâtre-Italien, Thomas, violoncelle solo de l'Opéra-Comique, Tuvergis, ex-flûte solo du Concert des Champs-Elysées. Plus trad, en 1880, on trouve : Honoré, pianiste (lauréat du Conservatoire du Tréport), Italiander, second chef (1er violon de l'Opéra-Comique), Mlle Marie-Christine Boulanger, violon-solo (1er prix 1873 du Conservatoire de Paris), Moibsen, 2e violon (des Concerts populaires), Ratez, 2e violon (de l'Opéra-Comique), Léonce Cohen, alto (de la Société des Concerts, Grand Prix de Rome 1852), de Mouskoff, violoncelle solo (violoncelle solo de l'Opéra Populaire et de l'Opéra-Italien), Grogaert, 2e violoncelle (des Concerts du Châtelet), Georges Veyret, contrebasse (de la Société des Concerts, 1er prix 1865 du Conservatoire de Paris), Boudin, flûte solo (des Concerts Arban), Garimond, hautbois (du Théâtre-Italien), Henri Paradis, 1ère clarinette (1er prix 1880 du Conservatoire de Paris), Boulanger, 2e clarinette (des Concerts Arban), Pierre Renard, 1er piston (1er prix de trompette 1880 du Conservatoire de Paris), Démaret, 2e piston (chef de la Fanfare du Tréport), Cruchet, trombone (de l'Opéra-Comique). Le programme du mercredi 14 juillet de cette même année nous est connu, il révèle le choix éclectique d'oeuvres d'une certaine importance, parmi d'autres plus légères. Au concert de 16 heures : Le Cheval de Bronze (ouverture), Auber – Dis-moi tu, dis-moi toi (valse), J. Strauss – Sardanapale (ouverture), Joncières – Air de ballet, A. Adam – En poste (galop), Gregh ; à celui de 21 heures : l'Italienne à Alger (ouverture), Rossini – Hymne autrichien, Haydn – Fantaisie sur Guillaume Tell, Rossini – Sérénade hongroise, Joncières – Chant d'Amour, Taubert – Caprice sur les motifs de Faust exécuté sur la flûte par M. Boudin, Herman – La Paloma (habanera), Yradier.

Charles Placet est aussi l'auteur de quelques oeuvres légères : Georgina, polka-mazurka pour piano (Chatot, 1863), Musette, polka pour piano (F. Schoen, 1876), Patins et fourrures, mazurka pour orchestre, et version pour piano (F. Schoen, 1876, puis A. O'Kelly, 1881), Sapeurs-pompiers, polka-marche pour orchestre, et version pour piano (Mackar et Noël, 1895). Marié à Paris en 1879 avec Judith Léon (1861-1890), on leur connaît 2 enfants : Charles-Auguste Placet (1877) dont la destinée est pour l'heure inconnue, et Armand-Jules Placet, mort enfant (1877-1879). A l'époque du décès de son épouse, Charles Placet est alors professeur de musique, domicilié 50 rue Laugier à Paris XVIIe, avant de s'établir en banlieue 11 rue Chevallier à Levallois-Perret ; il est mort en 1907.

Denis Havard de la Montagne
(avril 2001, mise à jour : juillet 2017)

1 Ce n’est qu’en 1860, lors de l’annexion de communes limitrophes par la Ville de Paris, que le hameau des Ternes fut rattaché à la capitale. Il forme actuellement le 17ème arrondissement.

2 Au moment de sa naissance, son grand-père Jean-Pierre Placet (né vers 1753) qui signe le registre de naissance, est fabriquant d'étoffes de soie, demeurant 71 rue de la Roquette à Paris.

3 A la déclaration de naissance sont témoins Eugène de Peronne et Louis-Claude-Marie de Grandfond, chevalier de la Légion d'honneur, chef d'orchestre, âgé de 51 ans.

4 D'une seconde liaison avec Camille Pierrel, machiniste de son état, elle donna naissance à un autre fils, Emile Pierrel, né le 6 septembre 1860 à Alger, mais celui-ci mourut 7 mois plus tard le 5 avril 1861dans cette même ville. Jérôme Bortolotti (1819-1888), chef d'orchestre à Alger, beau-frère du père de l'enfant, avait été l'un des témoins à sa naissance en 1860. En 1866, il est également l'un des deux témoins qui signent à Alger l'acte de décès de Caroline Boucher.

5 Plusieurs ouvrages de Gounod furent créés dans ce théâtre : Le Médecin malgré lui (15 janvier 1858), Faust (19 mars 1859) avec Caroline Miolan-Carvalho dans le rôle de Marguerite, sous la direction de A. Delêtre, Philémon et Baucis (18 février 1860), Mireille (19 mars 1864), Roméo et Juliette (27 avril 1867), ainsi que les Troyens à Carthage de Berlioz (4 novembre 1863).


1835

Ernest BOULANGER (1815–1900)

Fils de musiciens, Ernest Boulanger fut mis très tôt en relation avec d’éminents artistes, notamment Boieldieu et Auber, amis de ses parents. Principalement connu pour ses opéras comiques, il a également enseigné le chant au Conservatoire de Paris et fréquentait Gounod, Saint-Saëns, Massenet et Fauré. Cet homme " d’un accès extraordinairement sympathique et ouvert, très gai ", lauréat du Prix de Rome en 1835, marié à une princesse russe, est le père de Nadia et Lili Boulanger, qui à leur tour deviendront lauréates du même concours, respectivement en 1908 et 1913.

Henri-Alexandre-Ernest Boulanger est né le 16 septembre 1815 à Paris. Son père Frédéric, né à Dresde de parents français, avait autrefois (1797) reçu un 1er prix de violoncelle au Conservatoire de musique de Paris tout nouvellement créé. Il y enseigna d’ailleurs quelque temps au début de la deuxième Restauration et fut surtout attaché à la Chapelle du roi. On lui doit notamment des Stances sur la mort du duc de Berry (Leduc). Sa mère Marie-Julie Hallinger, était une célèbre cantatrice à l’Opéra-Comique où elle avait débuté en 1811, après avoir obtenu un 1er prix de chant dans ce même conservatoire (1809). Entré à son tour en 1830 au Conservatoire de Paris, Ernest Boulanger fit ses études musicales sous la direction de Charles-Valentin Alkan (solfège), François Benoist (orgue), Halévy (contrepoint) et Lesueur (composition). C’est ce dernier qui l’amena à se présenter en 1835 au concours de Rome : sa cantate Achille lui valut le Premier Grand Prix. En février 1836, il arrivait à la Villa Médicis pour y effectuer le traditionnel séjour de plusieurs années, aux frais du gouvernement.

De retour à Paris à la fin de l’année 1839, Ernest Boulanger se lança alors dans la composition avec quelques pages pour piano (Quadrille, Valse brillante…), des mélodies (Le son du cor, La réponse devinée, Quand le courage m’abandonne, Sans toi que j’aime...), mais c’est surtout ses opéras-comiques qui lui apportèrent quelques succès : Le Moulin (1840, un acte, paroles d’Eugène de Planard), Le Diable à l’école (1842, un acte, paroles d’Eugène Scribe, Lemoine), Les Deux bergères (1843, un acte, paroles d’Eugène de Planard), Wallace ou le Ménestrel écossais (1844, trois actes, Colombier), Une Voix (1845, un acte, paroles de Paul Bayard, Meissonnier), La Cachette (1847, trois actes, paroles d’Eugène de Planard, Meissonnier), Les Sabots de la marquise (1854, un acte, paroles de Michel Carré et Jules Barbier, Grus), Le mariage de Léandre (1859, un acte, paroles de Clément Caraguel)... Fétis, dans sa " Biographie universelle des musiciens ", rapporte que Le Diable à l’école, représenté en janvier 1842, " fut un début heureux, car on y remarqua plusieurs jolis morceaux de bonne facture où le jeune musicien avait fait preuve de sentiment dramatique ". André Boni, critique à " La France musicale ", écrit une vingtaine d’années après : " Sa musique est soignée, bien remplie, sans banalités. M. Boulanger a travaillé et il a réussi. Sa mélodie, en général bien inspirée, ne manque ni de grâce ni de charme, et l’orchestration l’accompagne, modérant ses éclats et remplissant son vrai rôle. C’est spirituel et correct, c’est sage avec un peu de bonheur que n’en a ordinairement la sagesse qui, dans les arts, la laisse souvent à la fantaisie ". C’était à la suite de la première de L’Eventail, en décembre 1860 au Théâtre impérial de l’Opéra-Comique, un autre opéra-comique en un acte, écrit sur des paroles de Jules Barbier et Michel Carré (Escudier) et interprété par Mme Faure-Lefebvre, Mlle Angèle Cordier et MM. Crosti et Ponchard, qui avait attiré les faveurs du public.

Le Grand-Théâtre de St-Petersbourg
Le Grand-Théâtre de Saint-Pétersbourg au XIXe siècle que fréquenta Ernest Boulanger vers 1877

En 1871, Ernest Boulanger succéda à François-Eugène Vauthrot dans sa classe de chant au Conservatoire de musique et de déclamation de Paris, où il restera jusqu’au début de l’année 1895. Quelques années plus tard, le 14 septembre 1877 à Saint-Pétersbourg, en l’église du Régiment des Chasseurs de la Garde impériale, alors âgé de 62 ans, il épousait à une princesse russe de 18 ans, Raïssa Mischetzky, qu’il avait rencontrée précédemment lors d’un concert. Fille du prince Ivan Mischetzky " régistrateur de collège ", elle était venue auparavant à Paris suivre les cours de chant d’Ernest Boulanger au Conservatoire. Installé 35 rue de Maubeuge, puis 30 rue La Bruyère dans le neuvième arrondissement parisien, le couple Boulanger donnera naissance à trois filles : Nina-Juliette, morte enfant en 1886, Juliette-Nadia, née le 16 septembre 1887 et Marie-Juliette-Olga, dite Lili, née le 21 août 1893.

Le 14 avril 1900, dans son appartement de la rue La Bruyère Ernest Boulanger s’éteignait, laissant une jeune veuve de 42 ans qui lui survivra 35 ans, jusqu’à sa mort arrivée en 1935. Fait assez rare pour être souligné ici, 164 ans s’écouleront entre la naissance d’Ernest Boulanger et la mort de sa fille Nadia, survenue le 22 octobre 1979!

Le catalogue de ce compositeur contient pas loin de 80 numéros d’opus. S’il a écrit en 1850 une ouverture pour orchestre destinée au théâtre (Toussaint l’ouverture) et quelques pièces pour le piano, c’est principalement pour la voix qu’il a composé. On lui doit en effet de nombreuses mélodies (la plupart inédites), écrites sur des paroles du comte Eugène de Lonlay (Adieux à la campagne, Sous le balcon, Un regard de toi), Hippolyte Guérin de Litteau (Au paradis, Le Pâtre, Les Petits glaneurs), Jules Barbier (Bonjour mon cœur, Tréport, Souvenez-vous de moi) ou dont il a également écrit les paroles (Quant le courage m’abandonne, Nana, Hier il neigeait sous ma fenêtre, J’écoute encore ce qu’il m’a dit…), des chœurs a cappella (Cyrrhus à Babylone, Les Navigateurs, Les Outils, Les Puritains, Les Voix du dimanche…) édités chez Lory, une cantate : Le 15 août aux champs (1852), et plusieurs opéras-comiques. En plus de ceux déjà mentionnés supra citons encore : La Meunière sans souci, un acte (1863), Le Docteur Magnus, un acte (1864), Don Quichotte, trois actes (1869), Don Mucarade, opéra-bouffe en un acte, paroles de Jules Barbier et Michel Carré, calqué sur le Barbier de Séville (Escudier), créé à l’Opéra-Comique le 10 mai 1875 par Mlles Chevalier (Pépita) et Révilly (Barbara), et MM. Thierry (Don Mucarade), Lefèvre (Don Peblo), Duvernoy (Gabolio), Barnolt (Luc) et Potel (Roch), qui tint l’affiche durant 12 représentations, et Marion, un acte (1877).

Le Musée de la Musique à Paris conserve plusieurs portraits d’Ernest Boulanger, entre autres un buste en plâtre patiné façon bronze, d’après J. Brian (1835) et une mine de plomb anonyme le représentant au pianoforte à la Villa Médicis au milieu de ses condisciples.

Denis HAVARD DE LA MONTAGNE

Vincent DELACOUR (1808-1840)

" Peu de jours après avoir donné un concert dans lequel il avait fait entendre plusieurs ouvrages de sa composition, particulièrement un Sextuor pour divers instruments et des morceaux de chant où l’on remarquait du talent "1, Vincent Delacour rendait l’âme à Paris le 28 mars 1840. Cet artiste, mort au lendemain de ses 32 ans, n’a pu donner le meilleur de lui-même et laisser un nom dans l’Histoire de la musique. On ne lui connaît d’ailleurs que quelques compositions, parmi lesquelles on trouve des romances, très en vogue à l’époque, ainsi qu’un O Salutaris à 3 voix et un Ave verum à 4 voix et orgue.

Né le 25 mars 1808 à Paris, quelques semaines seulement après l’entrée des troupes françaises à Rome, Vincent-Conrad-Félix Delacour intégrait le Conservatoire de sa ville natale en octobre 1822 ; il avait alors 14 ans. Tout d’abord élève de harpe de François Naderman et d’harmonie de Victor Dourlen, après avoir obtenu un deuxième prix dans cette dernière discipline (1825), il suivait les cours de contrepoint et de fugue de François Fétis. En 1827 il suspendait ses études au Conservatoire pour se rendre en Italie, puis en Allemagne, où on le trouvait comme harpiste au Théâtre royal de Berlin en 1830. Delacour était à cette époque l’un des meilleurs disciples de Nadermann. Harpiste de la Chapelle royale, celui-ci avait été nommé premier professeur de harpe au CNSM lorsque cette classe fut créée en 1825. Il y enseignait la harpe à simple mouvement qu’il fabriquait d’ailleurs lui-même, étant également luthier et même éditeur de musique ! De retour à Paris peu de temps après, il reprit ses études au Conservatoire et en 1833 devenait l’élève de composition de Henri Berton, qui venait de perdre son fils François, chanteur et compositeur agréable, enlevé par le choléra. Deux années plus tard, Vincent Delacour se présentait au Concours de l’Institut. Le sujet imposé était Achille et sa cantate lui rapportait un premier Second Grand Prix.

Collaborateur un temps de Charles Chaulieu, compositeur prolifique auteur d’une multitude de romances et autres pièces légères pour le piano, ils publièrent ensemble un journal de musique intitulé Le Pianiste, journal spécial, analytique et instructif, puis Journal spécial pour le piano, les théâtres lyriques et les concerts, qui n’eut qu’une vie éphémère (novembre 1833 à octobre1835).2

D.H.M.

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1) François-Joseph Fétis, Biographie universelle des musiciens et bibliographie générale de la musique, Paris, Didot, 1860-1881, 10 vol. [ Retour ]

2) Unique périodique, mensuel puis bimensuel, spécialisé à l'époque dans le piano, sa facture et son répertoire, il contenait de nombreux articles variés sur les virtuoses du temps, les formes musicales, l'enseignement, les éditions... Les Editions Minkoff (Genève) ont réimprimé cette publication en 1972 (1 volume in-4 de 460 pages, dont 36 portraits). [ Retour ]


1836

Xavier BOISSELOT (1811 - 1893)

Xavier Boisselot
( photographie Numa fils, 1861, BNF. )
Article sur une page spécifique.



1837

Louis BESOZZI

On peut consulter une notice détaillée dans notre article sur l'église St-Vincent-de-Paul.

Audio lecteur Windows Media Louis-Désiré Besozzi, Le Trouble, dédicacé “à Monsieur Auguste Barbereau”, pièce n° 1 des 12 Etudes caractéristiques pour piano, op. 19 (Paris, Grus), fichier audio par Max Méreaux (DR.)

Louis CHOLLET (1815-1851)

Né le 5 juillet 1815 à Paris, il rejoignit le Conservatoire de Paris durant le courant du mois de février 1826, alors âgé de 10 ans. Admis dans la classe de piano de Zimmerman, il obtint un Premier Prix en 1828 et suivit ensuite les cours d’orgue de François Benoist, qui l’amenèrent à recevoir un Premier Prix en 1838. Entre temps, en 1837, il avait obtenu un premier Second Grand Prix de Rome.

Louis Chollet a été longtemps organiste de l’église Saint-Thomas d’Aquin, dans le septième arrondissement parisien. Succédant là en 1834 à Marrigues, il tint les claviers de cet instrument jusqu’à sa mort, arrivée à Paris le 21 mars 1851. C’est Pierre-Edmond Hocmelle qui lui succéda. L’orgue que Chollet touchait était celui construit en 1769 par François-Henri Clicquot pour cette église, alors placée sous le vocable de St-Dominique et dépendant du noviciat des Jacobins. Restauré par Louis-Paul Dallery en 1842, cet instrument sera entièrement reconstruit par Cavaillé-Coll en 1861 et inauguré par Saint-Saëns, avant d’être restauré par Gutschenritter en 1912 et enfin de connaître une nouvelle reconstruction effectuée en 1967 par Schwenkedel. A l’époque de Louis Chollet, il comptait 39 jeux répartis sur 4 claviers et un pédalier.

Même si la mort a emporté ce musicien à l’âge de 35 ans, il avait eu cependant le temps d’écrire quelques compositions de grande valeur. C’est ainsi que l’on a de lui des pièces pour piano : Deux petits duos pour piano à 4 mains (Paris, Aulagnier), Variations pour piano seul sur le thème du " Duc de Reichstatd " (Paris, Mayaud), Fantaisie sur les thèmes de " Parisina " de Donizetti (Paris, Mayaud), Rondo brillant (Paris, Mayaud), Rondo sur la Romanesca (Paris, Meissonnier) ; des œuvres chorales : Chanson napolitaine variée (Paris, Meissonnier), Mélodie suisse variée (Paris, Meissonnier)... et des pages orchestrales : Fantaisie sur le Domino noir, op. 34 (Paris, Brandus), Variations brillantes sur des motifs du Lac des Fées, op. 37, Fantaisie sur le Duc d’Olonne, op. 38, Fantaisie sur la part du Diable, op. 40, toutes éditées à Paris, chez Brandus ; ainsi que de jolies romances, des chansonnettes et des nocturnes.

Comme organiste, il avait été convié le 21 septembre 1841 à participer à la réception à l’église royale de Saint-Denis du grand orgue de 32 pieds construit par Cavaillé-Coll, en même temps que tous les grands organistes de Paris.

D.H.M.

Audio lecteur Windows Media Louis Chollet, Le Tournoi, Grande valse pour piano, dédicacée “à Mme J. de Saint Projet” (Paris, Schonenberger, 28 Bd Poissonnière, S. 1269). Fichier audio par Max Méreaux (DR.)
 

1838

Georges BOUSQUET (1818-1854)

Georges Bousquet
( lithographie Léon Noël, 1854, BNF )

Chef d'orchestre et critique musical, Georges Bousquet est né le 12 mars 1818 à Perpignan. Après avoir fait ses études au Conservatoire de Paris, qui furent couronnées par un Premier Grand Prix de Rome en 1838, il fut chef d'orchestre à l'Opéra en 1847, puis au Théâtre-Italien de 1849 à 1851. Membre de la Commission d'études du Conservatoire, c'est surtout comme critique musical qu'il se fit connaître à L'Illustration, Le Commerce et la Gazette musicale de Paris. On lui doit des opéras : L'Hôtesse de Lyon, donné au Conservatoire de Paris en 1844, Le Mousquetaire, monté la même année à l'Opéra-Comique, Tabarin, créé au Théâtre-Lyrique en 1852, ainsi que quelques pièces de musique de chambre, une cantate et des pages de musique religieuse. Il est mort le 15 juin 1854 à Saint-Cloud à l'époque où Gounod fait de fréquents séjours dans cette ville où sa belle-famille possède une villa.

D.H.M.


Edme DELDEVEZ

Charles Dancla (1817-1907)
( Lithographie Aubert et Cie, d'après portrait de Marie Alexandre Alophe, vers 1845. Supplément à la France musicale. BNF Richelieu )
Charles DANCLA (1817-1907)

Charles Dancla, deuxième Second Grand Prix de Rome en 1838 avec la cantate la Vendetta, sur des paroles du marquis de Pastoret. Gascon d'origine, élève de Baillot, il deviendra plus tard second violon à l'Opéra-Comique en 1834, violon solo de l'Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire en 1841, membre de la Chapelle Impériale en 1853 et enfin, professeur de violon au Conservatoire de Paris en 1857. Son catalogue, avec plus de 200 numéros d'opus, comprend des sonates pour violon, des trios et des quatuors à cordes et des concertos pour violon. Il est également l'auteur d'ouvrages pédagogiques, dont une Méthode élémentaire et progressive de violon. Ses frères, Arnaud (1819-1862) et Léopold (1822-1895), avec lesquels il organisait des séances de musique de chambre renommées, furent également musiciens; le premier violoncelliste, et le second, violoniste.

Notes provisoires. D.H.M.

Dancla: 2ème Petite Symphonie concertante pour 2 violonsDancla: 2ème Petite Symphonie concertante pour 2 violonsDancla: 2ème Petite Symphonie concertante pour 2 violons
Charles Dancla, Audio lecteur Windows Media 2ème Petite Symphonie concertante pour 2 violons, op. 109 (fragment),
Editeur E. Gallet, successeur de Colombier, rue Vivienne à Paris, 1870 (coll. Max Méreaux).
Numérisation et enregistrement par Max Méreaux



1839

Charles GOUNOD (pages spécifiques)

Photographie de Charles Gounod
La Bibliothèque nationale du Québec propose en ligne de nombreux enregistrements anciens de musique vocale de Gounod : http://www4.bnquebec.ca/musique_78trs/mc166.htm



Gounod: Matinée de maiGounod: Matinée de mai
Charles Gounod, Matinée de mai (d'après un prélude) pour piano,
"morceau d'exécution aisée, une des plus jolies oeuvres posthumes de Gounod"
( Paris, Choudens, 1896, puis Musica, supplément, juillet 1906, coll. Max Méreaux ) DR
Audio lecteur Windows Media Numérisation et fichier mp3 par Max Méreaux (DR.)

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