LE COMTE DE SAINT-GERMAIN
(1691 ? – 1784)



Le Comte de Saint-Germain en 1783
(gravure de Nicolas Thomas) DR.

Le Comte de Saint-Germain est un personnage énigmatique, polyglotte, savant et artiste du XVIIIe siècle, intime de Louis XV. Il ne voulut jamais décliner sa véritable identité ni révéler ses origines mais les recherches de l’écrivain Paul Chacornac (1884-1964) nous incitent à penser qu’il était l'enfant naturel de la Reine d'Espagne, Marie-Anne de Neubourg, et de l’Amirante de Castille, le comte de Melgar. D’après Madame du Hausset, femme de chambre de Madame de Pompadour, le roi en parlait « comme étant d’une illustre naissance ». Il est mort à l’âge de 93 ans le 27 février 1784 à Eckernförde (Schleswig).

Les premiers évènements connus de la vie du Comte de Saint-Germain se déroulent à Londres en 1745. Trouvant les anglais très passionnés de musique il fit valoir ses talents pour le violon. Ses improvisations et ses compositions étaient très appréciées dans la capitale anglaise. Le prince Lobkovitz, bienfaiteur du compositeur allemand Gluck, devint son ami et le Comte de Saint-Germain lui dédia un ouvrage inédit, intitulé Musique raisonnée, selon le bon sens, aux dames Anglaises qui aiment le vrai goût en cet art.

Le Comte de Saint-Germain quitte l’Angleterre en 1746 pour se retirer dans ses terres en Allemagne où il fait des expériences chimiques pour l’amélioration des procédés de teinture. Il y séjournera jusqu’en février 1758, date à laquelle il vient à Paris grâce au frère de la favorite du roi, le marquis de Marigny, surintendant des beaux-arts, qui met à sa disposition une partie du château de Chambord alors inoccupé, pour qu’il y installe ses assistants et son laboratoire.

Les grandes connaissances du Comte de Saint-Germain en chimie et sa collection de diamants et de pierres précieuses ne tardèrent pas à lui donner la réputation d’alchimiste possédant la pierre philosophale et l’élixir de longue vie. Le baron de Gleichen (1735-1807) rapporte dans ses Mémoires qu’il a entendu le compositeur Jean-Philippe Rameau et une vieille parente d'un ambassadeur de France à Venise « attester avoir connu M. de Saint-Germain en 1710, quand il avait l’apparence d’un homme de cinquante ans ». Voltaire disait : « C’est un homme qui sait tout et qui ne meurt jamais ».

Le duc de Choiseul, ministre de Louis XV, n’appréciant pas que le roi traite le Comte de Saint-Germain en familier, engagea un comédien nommé Gauve pour qu’il se fasse passer pour lui et qu’il le ridiculise en racontant des histoires invraisemblables sur son immortalité. Mais contrairement à l’effet recherché, le Comte de Saint-Germain en sortit grandi. La marquise de Pompadour aimait beaucoup la façon dont il racontait les évènements historiques : selon Madame du Hausset, elle lui dit un jour « il semble que vous ayez vu tout cela ». Il répondit « j’ai beaucoup de mémoire et j’ai beaucoup lu l’histoire de France. Quelquefois je m’amuse non pas à faire croire, mais à laisser croire, que j’ai vécu dans les temps anciens. »

En février 1760, Louis XV charge secrètement le Comte de Saint-Germain de tester les intentions anglaises pour en finir avec la ruineuse Guerre de Sept ans, et l’envoie aux Pays-Bas pour négocier des pourparlers de paix. Mais Choiseul, opposé à cette diplomatie officieuse, fait intercepter les courriers du Comte, le fait passer pour un espion au service de la Prusse et demande son arrestation. Le Comte de Saint-Germain se réfugie à Londres pendant trois mois. Reprenant ensuite le cours de ses pérégrinations, il voyagera en Italie, en Russie, en Saxe et en Prusse, poursuivant ses recherches sur les pigments et étant partout reçu avec distinction et remarqué pour sa virtuosité au clavecin.

En 1781, le landgrave de Hesse acquit à l’intention du Comte de Saint-Germain une fabrique de couleurs à Eckenförde dans le Schleswig et mit à sa disposition un apothicaire préparant les médicaments de sa composition « si bien, dira-t-il, qu’une grande quantité de gens furent guéris». Le Comte de Saint-Germain finira ses jours en février 1784 chez ce prince de Hesse, probablement l’un des parents de sa présumée mère Marie-Anne de Neubourg qui était de Hesse-Darmstadt par sa mère.

Principales œuvres musicales du Comte de Saint-Germain :

  Entre 1745 et 1765 l’éditeur anglais M. Walsh publia une dizaine d’œuvres musicales du Comte de Saint-Germain. La première pièce éditée est une mélodie écrite sur des vers du poète écossais William Hamilton : O wouldst thou know what sacred charms ; la seconde est une mélodie composée sur un poème de l’Anglais Aaron Hill : Gentle love this hour befriend me  ; la troisième composition, d’une vingtaine de pages, est également une mélodie sur une poésie de l’Italien G. Brivio : The favorite songs… in l’Incostanza Deluza. Le Comte de Saint-Germain écrivit lui-même les paroles des mélodies suivantes : The maid that’s made for dove  et O wouldst thou know what kind of charm parues en 1747, de même que Jove, when he saw my Fanny’s face parue en 1748. En 1755 furent éditées Six Sonatas for two violins with a bass for harpsicord or violoncello et une mélodie sur un poème de l’Anglais Edmond Waller (1605-1678) : The self Banish’s. En 1760 parurent Seven solo for a violon et la mélodie Chloé, or the musical magazine et en 1765 The summer’s tale, comédie musicale écrite avec la collaboration du musicien allemand Charles-Frédéric Abel (1725-1782).

Max Méreaux


Audio lecteur Windows Media Comte de Saint-Germain, Adagio et fragment de l’Allegro, extraits des Six Sonatas for two violins with a bass for harpsichord or violoncello, 1755 (reconstitution par Max Méreaux).
Fichier audio par Max Méreaux (DR.)
 

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