Documents complémentaires
sur l’histoire des orgues des Antilles françaises

(Archives paroissiales, archives de manufactures, coupures de presse)


Voir aussi: Les orgues des collectivités et départements français d'Outre-Mer



Cathédrale de Fort-de-France (Martinique)

Orgue Daublaine de 1837

Le numéro du 30 octobre 1837 du Bulletin colonial, supplément à la Revue du XIXè siècle, donne les précisions suivantes au sujet de cet instrument dans sa page 4 :

« L’orgue destiné à La Martinique, dont nous avons eu l’occasion de parler précédemment, vient d’être terminé dans les ateliers de MM. Daublaine et Cie, rue Saint-Maur-Saint-Germain, n°17.

Avant de se faire livrer ce bel instrument, MM. Humberg et Cie, du Havre, chargés de son expédition l’ont fait examiner et éprouver par M. Miné, organiste de Saint-Roch.

De son côté, M. Le préfet apostolique de La Martinique a fait essayer cet instrument par M. Fessy, organiste de l’Assomption, en présence de plusieurs personnes capables d’apprécier son mérite et parmi lesquelles se trouvait M. le comte de Lucotte.

Ces deux épreuves ont été on ne peut plus satisfaisantes, et la facture de cet orgue fait un grand honneur à la maison Daublaine et Cie. »

Il faut signaler ici que le comité de rédaction de la Revue du XIXè siècle s’était mis en rapport avec la maison Daublaine afin de faire bénéficier les paroisses des colonies françaises de tarifs avantageux dans l’achat d’un orgue. Il s’agissait d’un type d’orgues à cylindres perfectionné appelé « orgue simplifié » doté d’un clavier de 46 touches, pour les organistes, et d’un second clavier à chiffres destiné à ceux qui ne connaissaient pas la musique. Les plus petits modèles affichaient les seuls jeux de bourdon 8’ et de prestant 4’ auxquels il était possible d’ajouter une doublette 2’ et un clairon 4’.

On trouve dans le journal Les Antilles (Saint-Pierre, Martinique) du 24 août 1881 une annonce qui indique que « l’orgue de la cathédrale de Fort-de-France est à vendre (s’adresser à M. Thou, trésorier) », afin d’être remplacé par l’orgue Cavaillé-Coll construit cette même année. Mais il est fort probable que l’instrument mentionné dans cette annonce n’était plus l’orgue Daublaine.

Orgue Cavaillé-Coll de 1881

Les archives de la maison Cavaillé-Coll déposées à la BNF (ark:/12148/btv1b85144058 ) nous apprennent que la façade du buffet de chêne était constituée de quatre tourelles et de trois plates faces ornées de tuyaux en montre en étain. L’orgue possédait précisément 2176 tuyaux et la console était dotée de 15 pédales de combinaisons. S’il y avait 32 jeux, l’on trouvait néanmoins 34 registres à la console (destinés à des emprunts ? ou à des tirants de sonnette et/ou de tacet, afin de respecter une certaine symétrie ?).

Le journal « Le Ménestrel » du 1er mai 1881, année 47, n° 22, p. 173, donne des informations concernant la facture de cet orgue qui se trouvait encore dans les ateliers de Cavaillé-Coll :

« La ville de Fort-de-France, à La Martinique, va bientôt posséder l’un des plus parfaits instruments qui soient sortis des ateliers de notre célèbre facteur Cavaillé-Coll, « l’orgue fait homme », a écrit quelque part M. Saint-Saëns, qui s’y connaît. N’est-il pas un peu humiliant pour nous de voir nos colonies s’enrichir des chefs d’œuvres de l’industrie artistique contemporaine, tandis qu’un grand nombre d’orgues de nos superbes basiliques gémissent encore sous les coups de la vieille facture d’il y a cent ans ! Puisse l’exemple profiter… L’orgue de La Martinique se compose de trente-deux jeux effectifs distribués sur trois claviers manuels et un pédalier de trente notes. La disposition des registres est des plus heureuses. : pour la pédale et le grand orgue, les jeux de fonds sont tous placés du même côté et les jeux d’anches du côté opposé. Cette disposition, déjà employée par Cavaillé-Coll à l’église Saint-Vincent-de-Paul, plus tard par M. Barker à Saint-Augustin, et récemment par M. Merklin à Saint-Eustache, permet à l’exécutant de faire promptement connaissance avec son instrument. Les registres des deux autres claviers sont placés au-dessus des registres du clavier principal avec cette particularité que ceux du deuxième clavier (le positif) occupent le côté gauche, tandis que ceux du troisième clavier (le récit) ont été installés à droite, dans le même sens que les deux pédales expressives à pivot qui, fixées au milieu de la console des claviers, peuvent être manœuvrées par chaque pied indifféremment, ce qui est précieux pour l’exécution de la musique moderne d’orgue. Les facteurs d’orgues devraient bien, une fois pour toute, adopter cette disposition tout à fait logique des pédales d’expression car nous ne sommes plus au temps où l’on ne jouait guère du pédalier que très sobrement avec le pied gauche, l’autre pied ne sachant pas faire autre chose qu’ouvrir et fermer, sans repos ni trêve, la boîte expressive : cela s’appelait chez nous, il y a une trentaine d’années, au moment de la fondation de l’école de musique Niedermeyer, toucher brillamment de l’orgue ! Et dire que Sébastien Bach était mort depuis un siècle !... Trop de sentimentalité dans l’inspiration des organistes de cette époque, dont l’ignorance en ce qui concernait les choses les plus élémentaires de leur art, et de l’art en général, était flagrante.

Pour en revenir au nouvel instrument de M. Cavaillé-Coll, nous dirons qu’un nombre suffisant de pédales de combinaisons assure à l’artiste les effets que son imagination peut lui suggérer. Nous ne saurions trop engager tous ceux qu’intéressent les choses d’orgue à faire le pèlerinage de l’Avenue du Maine avant que l’orgue de la Martinique ne parte pour sa résidence lointaine, ce qui aura lieu prochainement ; ils seront ravis de ce très remarquable instrument, de l’idéale perfection de chacun de ses jeux et de sa belle et puissante sonorité.

Aujourd’hui, dimanche, à quatre heures, à la Manufacture Cavaillé-Coll, Avenue du Maine, première audition par M. Ch.-M. Widor, du grand orgue de Fort-de-France (Martinique). »

Le numéro du 8 mai 1881, année 47, n°23, p. 183, relate l’audition faite par Widor :

« La matinée d’orgue donnée dimanche dernier par M. Widor sur l’orgue de La Martinique a tenu, et au-delà, tout ce qu’elle promettait. Après avoir épuisé son très intéressant programme, M. Widor a du recommencer une nouvelle séance à laquelle a pris part Mme Fuchs, qui a chanté avec le charme que les dilettantes savent apprécier, quelques-unes des charmantes mélodies du jeune maître. On a entendu avec un très vif intérêt la remarquable Cinquième Symphonie pour orgue et diverses autres pièces de l’auteur de La Korrigane, plus le Prélude et la Fugue en ré de J.-S. Bach et la Fanfare de Lemmens. M. Widor a déployé cette maestria qui lui est si personnelle et qui fait de lui un virtuose si original et si brillant. Il était d’ailleurs merveilleusement servi par l’instrument qu’il présentait à son auditoire. Le nouvel orgue de Cavaillé-Coll est la perfection même.

Une seconde audition du grand orgue de Fort-de-France (Martinique) aura lieu après-demain, mardi, à quatre heures précises à la Manufacture Cavaillé-Coll, Avenue du Maine. Elle sera donnée par M. Eugène Gigout, avec le concours de M. Diémer et de Mme Vicini-Terrier. M. Gigout fera entendre plusieurs de ses nouvelles compositions pour orgue. Voici d’ailleurs l’intéressant programme de cette séance : 1. Introduction et thème fugué pour orgue d’Eug. Gigout, 2. Andante du Premier Concerto pour piano, Sérénade pour piano et orgue de L. Diémer, 3. Vivace de la Deuxième Sonate pour orgue de J.-S. Bach, Communion d’Eug. Gigout, Air de la Pentecôte de J.-S. Bach, transcrit pour orgue par Eug. Gigout, 4. Air d’Alceste de Gluck, chanté par Mme Vicini, 5. Andante symphonique pour orgue d’Eug. Gigout, 6. Pièces pour piano d’Eug. Gigout, Le rappel des oiseaux de Rameau, Ouverture de La Flûte enchantée de Mozart (transcrite par M. Diémer), par M. Diémer, 7. Improvisation d’orgue par M. Gigout, 8. Cavatine du Barbier de Séville de Rossini, chantée par Mme Vicini, 9. Grand Chœur dialogué pour orgue d’Eug. Gigout. »

Le numéro du 15 mai 1881, année 47, n°24, p. 191, rapporte l’audition d’Eugène Gigout :

« Elégante assistance, nombreuses sommités artistiques et mondaines à la seconde audition de l’orgue de La Martinique donnée mardi dernier dans les ateliers de M. Cavaillé-Coll par M. Gigout. L’éminent artiste a fait entendre avec grand succès ses compositions d’orgue récemment parues. L’Introduction et Thème fugué et le Grand Chœur dialogué ont fait beaucoup d’impression. Ces deux pièces d’un caractère large et solennel, d’une sonorité variée et éclatante, hardies dans leurs modulations et d’une facture serrée sont particulièrement remarquables. Dans la première, le motif initial de l’introduction n’est autre que le thème, ensuite fugué, traité par augmentation et dont la partie supérieure et la pédale font entendre ensemble des fragments différents. La charmante Communion, l’Andante symphonique, avec ses intéressants développements, et la transcription de l’air de la Pentecôte, déjà entendus au Trocadéro, ont produit leur effet accoutumé. Egalement comme improvisateur, M. Gigout a été longuement et chaleureusement applaudi. Ses partenaires, Mme Vicini-Terrier, et M. Diémer, ont eu leur bonne part des bravos de l’assistance. M. Diémer a joué, accompagné par l’orgue, l’Andante de son Premier Concerto et sa Sérénade. Seul, il a fait entendre l’Impromptu et le Capriccio de M. Gigout, le Rappel des oiseaux, de Rameau et sa brillante transcription de l’ouverture de La Flûte enchantée qui lui a valu une ovation très méritée. Mme Vicini a parfaitement dit l’air d’Alceste et vocalisé à ravir l’air du Barbier de Séville ; aussi a-t-elle reçu de vives félicitations. Cette très intéressante séance fait grand honneur au sympathique organiste de Saint-Augustin et à M. Cavaillé-Coll dont le bel instrument a été de nouveau admiré de tous. »

Celui du 25 juin 1881, année 47, n°30, p. 240, narre une nouvelle audition donnée sur l’orgue à la Manufacture Cavaillé-Coll :

« Les ateliers de M. Cavaillé-Coll se sont ouverts de nouveau vendredi 17 juin pour une audition (la troisième) de l’orgue de La Martinique. Cette audition était donnée par les élèves de l’école de musique religieuse, sous la présidence de l’évêque de La Martinique qui était entouré de quelques membres du clergé de Paris. Nous ne reviendrons par sur les sérieuses qualités qui distinguent le talent naissant des élèves de l’Institution que Niedermeyer a fondé sur des bases très larges et avec un programme d’enseignement très élevé et très complet. Contentons-nous de nommer les jeunes Binet, Ballmann, Bouault, Bouichère, Chanaud, Colignon, Lutz et Pallez qui ont exécuté alternativement à l’orgue et au piano des pièces parfois très difficiles de Sébastien Bach, Beethoven, Mendelssohn, Boëly, Widor et Gigout ainsi que l’ouverture à quatre mains de Marie Stuart de Niedermeyer, et celle de Roméo et Juliette de M. Gustave Lefèvre, directeur de l’école. Les organisateurs de cette intéressante séance s’étaient, de plus, assuré le concours de Mme H. Fuchs, dont le beau talent ne cesse de charmer, de M. Berthelier, le remarquable violoniste, et de MM. Loret et Gigout, professeurs à l’école. M. Loret a fait entendre une Marche funèbre et un Andante religioso de sa composition qui ont été très goûtés et M. Gigout a improvisé de manière à impressionner vivement l’assistance qui lui a témoigné son sentiment par des applaudissements réitérés et très chaleureux. En somme, bonne journée pour l’école de musique religieuse et pour le bel orgue de Cavaillé-Coll dont le succès est grand et mérité. »

Celui du 16 avril 1882, année 48, n°20, p. 159, se fait l’écho de l’installation et de l’accueil fait à l’orgue à Fort-de-France :

« On se souvient de l’orgue de La Martinique, que M. Cavaillé-Coll a exposé l’année dernière dans ses ateliers et qu’ont joué avec succès, dans deux séances publiques, MM. Widor et Gigout. Ce magnifique instrument vient d’être inauguré solennellement, en présence du Gouverneur de La Martinique et des autorités civiles et religieuses de la colonie. Les journaux en parlent avec enthousiasme et adressent au célèbre facteur, qu’ils sont bien près de considérer comme un dieu, les éloges les plus mérités. »

Enfin, celui du 23 avril 1882, année 48, n°21, p. 166, évoque l’inauguration de l’instrument à Fort-de-France en ces termes :

« Nous lisons dans le journal des Antilles : L’inauguration des nouvelles orgues de la cathédrale de Fort-de-France a eu lieu dimanche dernier. M. Charles Pornain a fait ressortir, avec son talent habituel les sons vraiment remarquables de ce magnifique instrument. M. Albert de Pichery avait bien aussi voulu prêter, pour la circonstance, le concours de son talent. La foule nombreuse qui remplissait l’église est sortie véritablement émerveillé de ces orgues qui font le plus grand honneur à la maison Cavaillé-Coll et aux deux artistes chargés de leur installation. »

L’orgue Cavaillé-Coll disparut dans l’incendie qui se déclara à Fort-de-France au mois de juin 1890 :

« En un moment, par la sacristie et la toiture, le feu se communique à la Cathédrale. Bientôt, de ce monument, il ne reste plus que les murs ; toutes les richesses de l’église sont perdues, presque rien n’a été sauvé ; les orgues ont été la proie des flammes, les cloches sont transformées en un canal de bronze bouillonnant. » (Les Tablettes coloniales, organe des possessions françaises d’Outre-Mer, 4 août 1890, p. 3)

Orgue Mutin-Cavaillé-Coll de 1922

Au cours d’une session extraordinaire du Conseil général du département de La Martinique, en 1918, il était question du projet d’achat d’un orgue pour la cathédrale (p. 20) :

« Art. 6. – Dépenses éventuelles – Il est certain que l’achat d’une [sic] orgue pour la cathédrale ne pourra pas être réalisé cette année ; aussi bien nous vous demandons d’ajourner à l’année prochaine le paiement de l’annuité de 5 000 francs. – Pas d’objection – Adopté »

On relève également la mention suivante dans le numéro du 6 juin 1922 du périodique Les Annales coloniales (Paris) :

« Inauguration des grandes orgues en la Cathédrale de Fort-de-France, le dimanche 21 mai. »

Le Bulletin de l’Agence générale des colonies (Paris, Melun, 1923) mentionne page 1286 :

« Importation d’un orgue pour la cathédrale de Fort-de-France, valeur 55 000 francs. »

Dans les Annales de la propagation de la foi (Lyon, Rusand) de janvier 1933, page 8, on lit sous la plume du père Le Dortz :

« - Les Saints-Innocents – C’est, à la Martinique, le grand jour de la prime jeunesse. Beaucoup d’enfants se sont réveillés ce matin-là, sans s’en douter. Ils sont légion ceux qui vont être amenés à la messe dite pour eux. […] Il y en a plus d’un millier. […] Et de cette cohue bariolée, de cette mêlée chatoyante de petites robes sortent des cris, des rires, des sons de petites trompettes, des accords d’harmonica, des pleurnichements qui se ressemblent tous. Concert spirituel d’un nouveau genre où se mêleront, durant toute la messe, les plus forts jeux du grand orgue. » (« Les fêtes de Noël à la Martinique »)

Orgue Haerpfer de 1936

Article extrait du journal La Paix (Fort-de-France), no 3203, Samedi 10 octobre 1936.

F-Pn/ MFILM JO-9098 [aimablement communiqué par Anne Delvare]

« À la cathédrale. L’inauguration solennelle des orgues. »

« Il était 5 heures et demie précises, Jeudi soir, lorsque S. Exc. Mgr. l’Evêque, revêtu de la Cappa magna et précédé d’un nombreux clergé, fit son entrée solennelle dans sa cathédrale, remplie d’une foule énorme, tandis que les anciennes orgues, sous les doigts habiles du R. P Baumann, jouaient l’Allegro maestoso en Ut mineur de C Franck. Au trône, où il vint immédiatement s’asseoir, Mgr l’Evêque était assisté de Mgr Boyer, Administrateur du diocèse de la Guadeloupe, et de Mgr Second, vicaire général du Diocèse. En face sur une estrade, M. le Gouverneur Pélicier avait à ses côtés le secrétaire général, le maire de Fort-de-France, le Colonel Commandant supérieur, le Chef de cabinet adjoint et quelques membres du conseil privé.

La cérémonie, qui commença aussitôt, comportait trois parties : le concert d’orgue proprement dit ; le discours ; les chants.

Le Concert d’orgue

Mgr l’Evêque ayant donné aux nouvelles orgues la bénédiction solennelle, le concert commença. Pour analyser convenablement le régal qui nous fut donné au cours de ce concert et notamment du récital, il faudrait être soi-même un artiste, d’autant plus que les morceaux exécutés avaient été choisis parmi les œuvres des plus grands maîtres de la musique : Bach, Haendel, Franck, Widor. Nous n’avons pas cette prétention. Mais nous avons pu cependant apprécier la puissance, la sonorité, la multiplicité des jeux variés (51 jeux) et la souplesse du merveilleux instrument dont est désormais dotée la Cathédrale de Fort-de-France. Menées par l’artiste qu’est M. E. Démont, organiste de St-Pierre et St-Paul de Pointe à Pitre, ancien élève de l’Institution Nationale de Musique de Paris, les orgues vibraient, chantaient, pleines de vie et de mouvement. Et l’impression profonde ressentie était plus émouvante encore chez les auditeurs qui savaient que l’artiste est un aveugle.

Le Discours

On ne pouvait mieux faire, pour célébrer les nouvelles orgues, que de choisir M. le Chanoine Auber. Son style infiniment nuancé, tout à tour léger et grave, simple et solennel, symbolisait parfaitement les diverses variations des orgues.

Il rendit tout d’abord hommage à tous ceux qui de près ou de loin, par leur activité ou leur présence, avaient contribué à l’éclat de cette fête, et notamment : l’éminent artiste venu de la Guadeloupe ; le R. P. Baumann, organiste de la Cathédrale et Maître de Chapelle, ainsi que les instrumentistes du Patronage St-Louis et les chanteuses de l’Ouvroir ; le cher Frère Alban « aussi humble religieux que technicien habile ». C’est lui, en effet, qui exécuta les plans, devis et travaux des nouvelles orgues. Et quand on pense que ces orgues comptent 3.518 tuyaux, on se fait une idée de ce que dût [sic] être son travail.

Puis l’orateur donna un magistral aperçu historique du chant au service de l’Eglise, depuis les Hébreux jusqu’à nos jours. Il évoqua les conversions dues à la grâce de Dieu par le moyen de la musique sacrée. Et dans une péroraison enthousiaste il invita les auditeurs à livrer leurs âmes au rythme des orgues pour monter jusqu’à Dieu et le louer « dans sa gloire et dans sa majesté. »

Les chants

La partie de la cérémonie qui, après le discours, fut la plus goûtée par l’ensemble des assistants fut certainement l’exécution des chants par la chorale des jeunes filles de l’Ouvroir, sous la direction du R. P. Baumann. A l’harmonie des voix parfaitement mesurées et conduites s’ajoutait l’éclat des cuivres de la fanfare du Patronage et la sonorité des orgues. Le Psaume 150 de C. Franck, le Jubilate Deo de Wagner, et, à la fin du salut, La Gloire de Dieu de Beethoven, constituaient une véritable féérie, faite de piété, de puissance et d’harmonie.

Belle manifestation artistique

En résumé cette fête, en tous points réussie, fut une des plus belles manifestations religieuses et artistiques que Fort-de-France aît [sic] jamais connues. Et la population peut exprimer au R. P. Marie, curé-archiprêtre de la Cathédrale, le réalisateur de cette féérie, toutes ses félicitations et sa reconnaissance pour avoir doté la Cathédrale de si belles orgues que la Martinique peut en être légitimement fière. »

[Le curé-archiprêtre de la cathédrale, le R.P. Alfred Marie (1899-1974), cité dans l’article, deviendra par la suite évêque de Cayenne.]

Le périodique martiniquais La Femme dans la cité, dans un numéro de novembre 1948 (p.4) se fait l’écho d’un concert spirituel auquel était associé l’orgue Haerpfer :

« C’est le lundi 15 novembre que se sont fait entendre, dans des œuvres d’une grande beauté, le R.P Huré, maître de chapelle, M. Camille Villette, violoniste, et la chorale de l’Ouvroir. L’éloge du R.P Huré comme exécutant n’est plus à faire. C’est au compositeur que vont nos vifs remerciements pour l’émouvant hommage « Aux morts de la guerre » qu’on ne se lasse pas d’entendre. Le programme, très bien composé, faisait alterner la pureté classique de Bach avec les amples phrases éthérées de Tartini et de Th. Dubois si bien traduites par M. Villette et l’impressionnante interprétations des « Martyrs aux Arènes ».

Une mention particulière au céleste prélude de César Franck. Bonne soirée pour les Cœurs vaillants et pour l’auditoire fervent et silencieux qui remplissait la cathédrale. Le vrai, le grand art.

P. N. »

Un an plus tard, le même journal (1949, p. 6) évoquait un autre concert spirituel donné par le père Huré sur l’orgue de la cathédrale :

« Le concert du mercredi 27 avril donné par le R.P. Huré, organiste et maître de chapelle de la cathédrale au profit des grandes orgues restaurées s’inscrit parmi les manifestations qui concourent le mieux à la formation du goût musical du public martiniquais. Certes, maints auditeurs vont au concert spirituel simplement par devoir ou par esprit de piété, mais parmi les fidèles, très important est le nombre de ceux qu’attirent [sic] l’amour de la musique religieuse, sans compter les incroyants, amateurs de grande musique.

La puissance et la richesse des sonorités des orgues restaurées n’a pas manqué de frapper même les profanes en matière de musique d’Eglise. Grâce à elles, le R.P Huré a pu faire valoir toutes les ressources de son art, en particulier dans la Suite Gothique pour grand orgue de Boëllmann et la Légende de Vierne.

La chorale de la cathédrale, décidément très en progrès, a exécuté avec une étonnante maîtrise le difficile Ave Maria [sic] Stella en trois versets de Nibelle et avec tout l’enthousiasme voulu le Cantate Domino d’Alain. Nous avons bien reconnu la manière du R.P. Huré dans le Je vous salue, Marie et le Regina coeli. Quel dommage que, surchargé de besogne, cet émouvant compositeur n’écrive qu’en cas d’extrême nécessité !

Mlle Cécile Albane, violoniste, nous a ravis en exécutant le Largo et Allegretto de Bach. Cette artiste est douée d’une sonorité exquise. Dans l’Andante de Barrière (1775), nous avons beaucoup aimé ses notes graves. Avec Camille Villette, nous avons là deux remarquables exécutants.

Nos plus sincères compliments au R.P. Huré, prêtre, organiste, maître de chapelle et aumônier de jeunes.

Au cours du concert eut lieu la bénédiction de la nouvelle statue de la « Mère aimable », œuvre du sculpteur Georges Hartmann, qui orne maintenant la façade de la maîtrise, rue de la République. »

Orgue Roethinger (début des années 1960)

Voici un article intitulé « L’Orgue de la Cathédrale » publié sous la plume du père Huré dans le périodique Aujourd'hui Dimanche, hebdomadaire chrétien de la Martinique, numéro du 17 octobre 1976.
F-Pn/ FOL-JO-15627 [Tolbiac] [aimablement communiqué par Anne Delvare] :

« De nombreux paroissiens de la cathédrale s’inquiètent au sujet de l’orgue, à cause des travaux qui sont commencés et qui vont durer très longtemps. Cette inquiétude est partagée évidemment par le Père Huré, organiste de la cathédrale qui se préoccupe du sort de son instrument depuis de longs mois. » (p. 1)


« On a commencé par donner au P. Huré toute assurance que l’orgue serait protégé par la construction d’une immense caisse en bois qui enfermerait complètement l’orgue. Mais, à la fin du mois d’août, les entrepreneurs ont demandé que l’orgue soit complètement démonté, car ils s’étaient aperçu que les colonnes situées derrière l’orgue étaient complètement rongées par la rouille à la leur base. Il est impossible de les réparer si l’orgue reste en place. Démonter l’orgue et le laisser pendant plusieurs années dans des caisses, c’est le condamner définitivement, comme ce fut le cas il y a plusieurs années, pour l’orgue de Pointe-à-Pitre. La SEULE SOLUTION, puisqu’il faut démonter l’orgue, c’est de le remonter ailleurs. Le P. Gauthier, curé de Bellevue, a bien voulu accepter de prendre l’orgue de la cathédrale pour le mettre dans son église. Ainsi l’orgue sera sauvé. Et quand (?) les travaux de la cathédrale seront terminés, l’orgue reprendra sa place initiale, évidemment ! Certains paroissiens de la cathédrale regretteront, certes, de voir partir leur orgue ailleurs, mais, quand dans une famille un membre risque d’attraper une maladie grave, voire mortelle, on n’hésite pas à s’en séparer pour le sauver… Et on n’en est que plus heureux de le revoir ensuite reprendre sa place au sein de la famille, en excellent état. Certes, la famille qui l’aura accueilli pendant longtemps pour un changement d’air salutaire regrettera son départ, mais elle se réjouira d’avoir pu contribuer à le sauver. C’est ce qui se passera pour les paroissiens de Bellevue qui ne verront pas sans regret l’orgue quitter
leur église pour revenir chez lui à la cathédrale, mais ils seront heureux d’avoir contribué à sauver ce bel instrument d’une valeur de 50 millions d’A.F., et cela, grâce à leur curé, le P. Gauthier.

Voilà la solution envisagée. Se réalisera-t-elle ? Le P. Huré multiplie les démarches auprès de plusieurs facteurs d’orgue afin que deux spécialistes viennent sitôt terminées les Fêtes de Noël et du jour de l’An. Jusqu’ici il n’a reçu de leur part qu’une seule réponse, plutôt favorable. Il n’y a donc encore rien de définitif et vous serez tenus au courant de la suite qui sera donnée à ce projet envisagé.

Père Robert HURE, Organiste de la cathédrale. » (p. 3)

Cet article nous apprend que le transfert de l’orgue Roethinger vers l’église de Bellevue, où il se trouve aujourd’hui encore, n’était au départ que provisoire. Il semble que les paroissiens et le curé de Bellevue se sont attachés à l’orgue et n’ont pas voulu le voir retrouver son emplacement originel. Le père Huré a donc dû saisir l’opportunité d’avoir un orgue plus important, construit par Laval-Thivolle, tel qu’il se présente actuellement dans le chœur de la cathédrale.

Dans le numéro du 14 novembre 1976, page 2, le père Huré revient sur l’histoire des instruments successifs de la cathédrale (article communiqué par Anne Delvare) :


« Les orgues de la Cathédrale de Fort-de-France


Le pluriel est de rigueur, car la cathédrale de Fort-de-France s’est vue doter, au cours de son histoire de plusieurs orgues. En 1855, avec l’autorisation du gouverneur, la fabrique fait l’achat d’un orgue de choeur de 12.000 F (monnaie de l’époque). Le premier organiste fut M. Antzenberger engagé en 1868 au traitement de 2.000 F. 1880 voit l’installation d’un grand orgue, c’était un Cavaillé-Coll. Il avait coûté 60.000 F. Une épidémie de fièvre qui emporta le promoteur, l’abbé Dieudonné, retarda l’installation de l’instrument ; aucun monteur n’acceptait de venir. La maison Cavaillé-Coll dut faire appel à deux étrangers : M. Verkamp, Hollandais et M. Moote, Anglais. Ce grand orgue devait disparaître dans l’incendie de 1890.


En 1895, la nouvelle cathédrale est inaugurée. Un petit orgue de 12 jeux venant de la maison Didier, d’Épinal y est
installé. Il devait fonctionner jusqu’en 1922, date à laquelle on installe un grand orgue (2 claviers, 26 jeux). C’était un Cavaillé-Coll-Mutin. Il coûta la somme de 80.000 F et fut inauguré le 21 mai par M. Griffit, organiste de la cathédrale de Port d’Espagne. En 1926, il subit une restauration complète, à la suite d’une inondation. En 1936, il s’en va aux Terres-Sainville où il finit dans l’abandon ses jours.


Il est remplacé par un orgue de 51 jeux, 3 claviers manuels. Il venait de la maison Haerpher [sic]. Il fut inauguré le 14 août 1936 par M. E. Demont, organiste à Pointe-à-Pitre. Il devait faire une longue carrière, pour être remplacé en 1967 par un instrument de 26 jeux, installé non plus à la tribune, mais au fond du choeur. Il a été inauguré par le R. P. Huré, maître de chapelle et organiste de la cathédrale. C’est celui qui est actuellement en fonction. »

Orgue de Saint-Antoine de Fort-de-France, Terres-Sainville (Martinique)

Il est difficile de déterminer à quelle époque la transmission des notes de cet instrument a été électrifiée avec un bloc Heuss enchâssé à la console (probablement à la fin des années 1950, par Roethinger, peut-être plus tardivement, par Laval-Thivolle). Quoi qu’il en soit, la fragilité du système mécanique, avec machine Barker à l’origine, remonté sans modification à Saint-Antoine, a sans nul doute contraint l’un ou l’autre de ces facteurs à moderniser la traction.

Quelle était la composition du clavier de récit, dont la tuyauterie a disparu - probablement au profit d’un autre instrument - ? Le sommier comptait vraisemblablement huit jeux qui pouvaient être les suivants :

Récit expressif (56 notes) : Diapason 8’, cor de nuit 8’, gambe 8’, voix céleste 8’, flûte octaviante 4’, octavin 2’, trompette 8’, basson hautbois 8’.

A la place du diapason 8’ pouvait se trouver une voix humaine 8’, compagne habituelle des jeux de trompette et basson-hautbois dans un récit expressif symphonique.

En effet, si le buffet renfermait vingt-six jeux à l’origine, selon le père Huré, notre ecclésiastique musicien a dû tenir compte des emprunts de jeux du grand-orgue au pédalier, de sorte qu’il semble douteux que le récit ait jamais fait chanter douze jeux ; la place réservée sur la console aux tirants du second clavier incitant du reste à penser à huit jeux au maximum, quatre de chaque côté du clavier.

Orgues disparus (Martinique)

Eglise Saint-Laurent du Lamentin

Les archives paroissiales font état de la délibération du conseil de fabrique au sujet de cet orgue, le jeudi 18 mai 1887 :

« Monsieur le Président soumet au conseil une proposition relative à l’acquisition d’un orgue destiné à remplacer l’harmonium qui est usé et ne suffit plus aux cérémonies. M. Didier, fabricant d’orgues, offre à la fabrique du Lamentin un instrument très convenable au prix de trois mille francs, payables par annuités et à long délai. Le conseil est unanimement d’avis d’accepter le prix annoncé et de le payer en dix ans et sans intérêts. Le conseil admet que les frais d’emballage et de transport seront à la charge de la fabrique, laissant à M. Didier le soin et les dépenses occasionnés par la mise en place. C’est dans ces conditions que le conseil donne plein pouvoir à M. le Curé pour traiter avec M. Didier. » (http://www.patrimoines-martinique.org/ark:/35569/a011386268759D9JIc6)

Cathédrale de Saint-Pierre (église du Mouillage) Martinique

L’organiste, Jules Honoré Pornain (1821-1868), professeur de piano, était également compositeur. On lui doit notamment des Variations brillantes pour le piano sur une Baracarolle de Weber op. 4 (Paris, Benoît Aîné). L’orgue Cavaillé-Coll avait été remanié par Henri Didier avant sa destruction par l’éruption volcanique de 1902. Si l’on en croit son prospectus publicitaire, le facteur vosgien en avait fait un « grand seize pieds ».

Voici une transcription intégrale de la lettre adressée par Aristide Cavaillé-Coll à Jules Pornain, le 6 novembre 1852, au sujet d’une éventuelle construction d’orgue pour la cathédrale de Saint-Pierre (p. 58-59) :

« M., j’ai l’honneur de vous accuser réception de la lettre que vous avez bien voulu m’écrire le 24 septembre expiré pour m’informer du projet de la fabrique de la cathédrale de votre ville, relatif à l’établissement d’un orgue convenable pour son église et de la mission qu’elle vous a donné d’entrer en arrangement avec un habile facteur.

Je vous remercie, M., de la préférence que vous avez bien voulu donner à notre maison et je vous prie de croire à l’avance que nous ferons tous nos efforts pour nous en rendre dignes si la fabrique veut bien donner son approbation aux plan et devis que nous avons l’honneur de vous soumettre et de vous adresser ci-joints.

Les renseignements très circonstanciés que vous me donnez dans votre lettre, M. me font espérer que nous trouverons en vous un juge parfaitement éclairé et que vous voudrez bien vous charger d’expliquer à la fabrique ce qui n’aurait pu trouver place dans notre devis.

Je me suis renfermé autant que possible dans la composition des jeux que vous avez-vous-même projeté sauf quelques légères modifications que je crois utiles au bon effet de l’orgue ; ainsi j’ai cru devoir donner un peu plus d’importance au clavier de récit et y transporter le jeu de voix humaine que vous aviez placé au grand-orgue. J’ai cru devoir enfin un peu augmenter le plein-jeu du grand-orgue pour le mettre en rapport avec les jeux de fonds.

J’estime cet instrument composé de 30 jeux à 30 000 francs.

Le buffet en chêne poli conforme au plan – 7 000 francs.

Les frais d’emballage soit – 2 500 francs

Ensemble – 39 500 francs

Maintenant si ce chiffre paraissait trop élevé, on pourrait opérer les réductions suivantes, savoir :

  1. Pour la suppression du positif, partie instrumentale d’une valeur de 4 500 francs

  2. Partie instrumentale ou buffet : 2000 francs

  3. Emballage : 700 francs

= 7 000 francs

Ce qui porterait le prix de l’orgue à 32 500 francs

Quant à la reprise de l’ancien orgue ou à son emploi dans la construction du nouvel instrument, je ne pense pas que cet arrangement fut avantageux pour la fabrique, il serait mieux de trouver à placer cet instrument tel qu’il est dans le pays.

Je dois appeler encore votre attention sur un autre point très important et dont vous ne parlez pas dans votre lettre, c’est le montage de l’instrument sur place. Je ne sais pas s’il vous serait possible de le faire monter sous votre direction par les ouvriers du pays, ou s’il faudrait envoyer un ouvrier capable pour montrer et accorder l’instrument, dans ce dernier cas, il faudrait ajouter aux dépenses prévues pour l’orgue, les frais de voyage et de séjour d’un chef ouvrier, plus une indemnité de 10 francs par jour à partir du départ jusqu’à sa rentrée à Paris.

Il est entendu dans tous les cas que nous joindrions à l’emballage un mémoire explicatif et un plan pour reconnaître les différents objets et les monter. Il est également entendu que le bois de chêne serait exclusivement employé dans la construction de cet orgue et que toutes les précautions seraient prises pour éviter les inconvénients que vous nous signalez dans votre lettre d’après l’observation qui vous en a été faite par M. Le Président de la fabrique.

Je remarque que je n’ai pas encore répondu à la demande que vous m’adressez si, en dehors du prix de l’orgue, nous voudrions nous charger de faire établir une tribune en harmonie avec l’orgue pour le recevoir.

Comme il s’agit d’un objet matériel de charpente et de menuiserie que l’on peut faire établir probablement plus économiquement sur les lieux, je pense que la fabrique, qui connaît mieux que nous les ressources locales, pourrait faire établir avec bien moins de frais que nous. Nous pourrions s’il en était besoin vous adresser un plan en harmonie avec le buffet, mais il faudrait pour le bien de la chose que vous puissiez nous transmettre préalablement un plan et une copie de l’emplacement où l’on désire établir cette tribune. En nous adressant ce plan, je pourrais vous dire ce que coûterait l’établissement de cette tribune en bois de chêne, construite à Paris.

Je désire, Monsieur, que vous trouviez dans ma réponse tous les éclaircissements nécessaires. Je regrette seulement qu’un voyage m’ait empêché de vous les transmettre aussitôt que vous me les avez demandés.

Veuillez, je vous prie, M., être notre interprète auprès de M. le Président et de MM. les membres de la fabrique de la cathédrale et vous pouvez les assurer dans le cas où ils voudront bien nos plan et devis que nous ferons tous nos efforts pour justifier leur confiance et la vôtre.

Agréez en même temps, M., mes bien sincères remerciements et les salutations empressées de votre serviteur.

P. S. : Je dois vous faire remarquer que l’horloge figurée dans le plan n’est point comprise dans le prix du devis. Le cadran seul serait figuré ou un autre ornement, si on le préfère.

Je dois ajouter aussi que l’estimation du buffet se rapporte aux ornements les plus simples et que si l’on choisissait le côté où sont indiquées les figures, il faudrait ajouter 500 francs au prix marqué. Je vous prie de soumettre ces observations à la fabrique. »

Notre-Dame-de-la Délivrandre, Morne-Rouge, premier orgue Didier

Une religieuse clarisse, sœur Séraphine du Cœur de Jésus, a, à la fin du XIXè siècle, rassemblé ses souvenirs relatifs aux catastrophes naturelles subies par La Martinique entre 1891 et 1902 (Une pauvre clarisse, Une Histoire vécue des cataclysmes de la Martinique, Lille, Desclée de Brouwer, 1904) et évoque l’orgue Didier du Morne-Rouge :

« Près du sanctuaire se trouvait le magnifique établissement des Sœurs de la Délivrande. […] Les religieuses avaient la garde du sanctuaire qu’elles ornaient avec un goût exquis. Elles dirigeaient les chants et tenaient l’orgue. » (p. 35)

« Deux mois avant le sinistre, j’allais un jour à l’église de Notre-Dame-de-la-Délivrande m’exercer à l’orgue. Quel n’est pas mon étonnement, en voyant deux photophores (lampes) qui se trouvaient sur l’orgue, vaciller, tressauter, comme s’il allait tomber, tandis que l’autre était immobile. […] J’eus le pressentiment d’un immense malheur… Hélas ! il devait se réaliser… deux mois après, j’apprenais la destruction de la presque totalité de ma famille. » (p. 72)

« Après la destruction du Morne-Rouge [nous sommes en 1903] […] Monseigneur a donné à notre curé [l’abbé Jourdan, curé de Saint-Joseph], l’autel, le beau chemin de croix et l’orgue de l’église du Morne Rouge. L’autel et le chemin de croix sont déjà placés, mais nous ne pouvons encore jouir de l’orgue, car il y a huit tuyaux de montre qui sont brûlés et il faut attendre qu’on en reçoive d’autres de France » (p. 205-206)

« M. Gérodias, vieillard presque octogénaire habitant le Morne Rouge […] était très habile en toute sorte de métier, et malgré son âge se rendait utile par son adresse et son esprit ingénieux. Très souvent on l’employait à l’église pour réparations d’orgue ou autre, car il était apte à tout ce qu’il voulait. » (p. 218)

Voici d’autres précisions apportées par J. Rennard dans son ouvrage La Martinique, historique des paroisses, des origines à la Séparation (Thonon-les-Bains, 1951), p. 321 :

« En six mois, l’église fut debout. C’est celle que nous voyons encore aujourd’hui. […] La bénédiction eut lieu le 9 mai 1897 et elle fut consacrée par Mgr de Cormont le 4 mars 1902. Hélas ! Quelques mois après, une autre catastrophe plus terrible encore vint frapper le Morne Rouge. Le volcan, après avoir dévasté Saint-Pierre et les environs, déversa ses cendres incandescentes sur la région du Morne Rouge. […] L’église, bien que couverte en essentes, resta intacte, mais toute la région ayant été évacuée, elle paraissait désormais inutile et elle fut dépouillée de tout ce qu’elle possédait. Les vases sacrés allèrent à Fort-de-France, les cloches à La Redoute, les orgues à Saint-Joseph […] »

Si l’on en juge par les cartes postales publiées après la catastrophe de 1902, l’église du Morne Rouge n’était pas si intacte que cela. On peut constater que les vitraux avaient été soufflés et qu’une partie de la toiture était éventrée. Mais le mobilier intérieur avait effectivement été préservé, pour l’essentiel.

Après le cyclone de 1891, il semble donc qu’un autre orgue avait succédé au premier orgue Didier. Ce nouvel instrument déplacé ensuite à Saint-Joseph aurait été posé grâce à la ténacité de Mgr Carméné :

« Le Morne-Rouge, en particulier, fut sa prédilection. […] Il a conçu le dessein hardi de rebâtir, en l’agrandissant, le Sanctuaire de Notre-Dame-de-la-Délivrande couché à terre par la tempête. Flèche élancée, élevez-vous plus haut, […] orgues harmonieuses, produisez vos plus riches accords […] » (Un Conflit religieux à la Martinique : justice et vérité, Paris, Picquoin, 1897, p. 6)

Eglise Saint-Etienne du Centre, Saint-Pierre

L’orgue Didier a été béni le 31 janvier 1883 ainsi que le rapporte l’abbé Z. Gosse dans son discours prononcé dans l’église à l’occasion de la fête patronymique de Mgr Julien Carméné, évêque de La Martinique, discours ensuite publié par la Librairie Catholique de l’œuvre de Saint-Paul (Paris, 1883, p. 19).

Cathédrale Notre-Dame de Guadeloupe de Basse-Terre (Guadeloupe)

Un projet d’installation d’orgue « simplifié » de la maison Daublaine à la cathédrale de Basse-Terre a vu le jour en 1836, mais il semble qu’il ne s’est jamais concrétisé car c’est en définitive à la cathédrale de Pointe-à-Pitre qu’un instrument de ce type a été posé l’année suivante, et seul cité par la suite :

« Cet ingénieux instrument qui avait été présenté à l’exposition de 1834, à cause de la simplicité de son procédé, se présente aujourd’hui avec des améliorations considérables, qui ajoutent infiniment à ses avantages. […] C’est une chose dont nous nous sommes convaincus nous-mêmes en visitant l’établissement avec M. de Jabrun, délégué de la Guadeloupe, et M. l’abbé Lacombe, préfet apostolique, de la même colonie. Ces messieurs ont joué différents airs à la première vue et le résultat leur a paru si satisfaisant que […] M. le Préfet a exprimé le vœu que ses paroissiens de la Basse-Terre puissent se déterminer à orner leur église d’un instrument qui ajouterait si efficacement à la pompe des cérémonies. » (Bulletin colonial, 28 juin 1836, p. 3)

Si l’on en croit le prospectus publicitaire d’Henri Didier, un orgue de ce facteur avait été posé à la fin du XIXè siècle dans cette cathédrale. Il avait donc précédé les polyphones de 1921 et 1929.

Henri Didier devait sa notoriété aux anciens ouvriers de Cavaillé-Coll qu’il avait réussi à embaucher, parmi lesquels des harmonistes qui donnaient à ses instruments sensiblement les mêmes timbres que ceux du facteur parisien, ce dont on peut se rendre compte aujourd’hui encore, notamment au travers de ses orgues de Saint-Nicolas de Nancy et de la cathédrale de Laon. Plusieurs orgues des Antilles ont bénéficié du travail desdits ouvriers. L’abbé Edmond Simonet, prêtre à Saint-Pierre de la Martinique puis curé de Neufchâteau dans les Vosges et dévoué à Henri Didier, avait probablement voulu faire du zèle pour aider son protégé à remporter des marchés de constructions d’orgues en insistant de manière excessive sur ce point. Charles Mutin, successeur de Cavaillé-Coll n’a guère apprécié cela et un procès a opposé les deux manufactures ainsi que le rapporte le journal La Croix du jeudi 21 novembre 1901 qui transcrit dans sa page 4 une lettre adressée par Didier à Mutin, ainsi qu’un arrêté de jugement émis par le Tribunal de commerce d’Epinal le 27 août 1901 :

« Messieurs Charles Mutin et Cie,

[…] Pour rendre hommage à la vérité et contrairement aux mentions indiquées à mon insu sur des circulaires portant mon nom […], il n’existe dans mes ateliers d’Epinal aucun des anciens collaborateurs de M. Aristide Cavaillé-Coll, votre prédécesseur et maître. Je vous autorise en outre à faire de ma lettre tel usage que bon vous semblera. Veuillez agréer etc.

H. Didier »

« Etude de M. Viturat, avoué à Epinal. […]

Attendu que si M. Didier a exécuté la partie des conventions intervenues relative au versement d’une indemnité, il y a contrevenu en faisant insérer dans un certain nombre de journaux une note dans laquelle il explique que s’il n’a jamais employé d’anciens collaborateurs de M. Cavaillé-Coll, il a eu à son service d’anciens ouvriers de ce dernier dont il donne les noms.

Attendu que c’est à tort que M. Didier se prétend étranger à la publication de la note ajoutée à sa lettre par l’abbé Simonet ; que l’abbé Simonet a agi au nom et pour le compte de M. Didier et qu’il doit être considéré tout au moins comme son mandataire officieux travaillant à faire prospérer la maison Didier par ses soins et démarches. […]

Le tribunal fait défense à Didier d’employer à l’avenir dans ses prospectus et réclames le nom de Cavaillé-Coll, à peine de 100 francs de dommages-intérêts pour chaque infraction régulièrement constatée. […] »

Cathédrale de Pointe-à-Pitre (Guadeloupe)

Orgue Daublaine de 1837

Cet orgue était un « orgue simplifié » disposant d’un clavier de 46 touches et d’un second clavier destiné à faire jouer l’instrument à partir des cylindres présentant des airs variés.

Voici ce qu’en dit le Bulletin colonial du 19 août 1837 :

« La société Daublaine et Comp. […] a déjà reçu de nombreuses commandes de l’Amérique du nord et des colonies.

L’expédition qu’elle fait en ce moment pour la Pointe-à-Pitre d’un orgue qui a éprouvé deux mois de retard lui a suggéré de faire publier l’avis suivant :

[…] dans les colonies, le moyen le plus prompt et le plus avantageux de se procurer un orgue serait de se charger, au lieu même de la demande, de faire établir tout ce qui a rapport à la menuiserie extérieure, c’est-à-dire le meuble dans lequel est enfermé l’orgue. Afin de prévenir à cet égard toute possibilité d’erreur dans le calcul des proportions, MM. Daublaine, en commençant la confection de l’orgue, en adresseraient le plan avec l’indication rigoureusement exacte des mesures. De cette manière, le meuble et l’instrument s’exécuteraient en même temps, et quand celui-ci débarquerait au lieu de sa destination, on pourrait le monter immédiatement sans la moindre difficulté. Par ce moyen, les commandes venant des colonies seraient plus tôt satisfaites que celles de la Métropole et la société Daublaine, quel que fût le prix de l’orgue demandé, compenserait la valeur du meuble en fournissant un jeu de plus, et en se chargeant de tous les frais d’emballage et de transport jusqu’au Havre […]. »

Le numéro du 9 février 1837 donnait une précision supplémentaire au sujet de l’orgue de Pointe-à-Pitre :

« Nous conseillons aux personnes qui, à l’avenir, auront à nous adresser des commandes d’orgues de la société Daublaine, d’imiter la prévoyance de M. le Vice-Préfet apostolique de la Guadeloupe : cet ecclésiastique a envoyé tout l’acajou nécessaire au buffet de l’orgue, qui se conservera ainsi infiniment mieux qu’en bois de chêne. »

Orgue Cavaillé-Coll (1856)

En dépit d’une erreur de date, le journal Les Annales coloniales du 13 février 1930 évoque cet instrument (p.1) :

« Treize cent deux orgues Cavaillé-Coll sont répartis dans le monde entier, dont seize pour les colonies françaises. Il y a quelques cinquante ans, un instrument de cette marque était débarqué à la Pointe-à-Pitre, Guadeloupe, devant une foule émerveillée à la vue de « l’orchestre du bon Dieu ». »

Orgue Laval-Thivolle actuel

A l’origine, le clavier de positif comptait un jeu de larigot 1 1/3’. Il a été remplacé par la suite par un jeu de septième 1 1/7’.

Documentation recueillie par Olivier Geoffroy
Mise en ligne : 5 avril 2017

 

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