Francisque Darcieux

(1880 - 1951)

Francisque Darcieux
(photo Paris qui chante) DR.

 

 

En dépit d'une production musicale considérable, le compositeur François (dit Francisque) Darcieux est aujourd'hui injustement oublié. En collectant, notant et harmonisant de nombreux chants régionaux, il a contribué à la mémoire de ce répertoire, tout comme le fit Joseph Canteloube (1879-1957). Mais, en dehors de son intense activité de musicien folkloriste et régionaliste, il a composé de nombreuses mélodies pour chant et piano sur des textes de poètes français, des opérettes, des œuvres descriptives pour orchestre.

 

Né à Saint-Genis-Laval, dans la région lyonnaise (son nom sera donné plus tard à une rue de la commune) en 1880, il étudie la musique auprès de Vincent d'Indy (1851-1931) à la Schola Cantorum de Paris, où le compositeur était professeur de composition.[1] Comme son maître qui avait rassemblé des Chansons du Vivarais, Francisque Darcieux collecte de nombreux chants régionaux, chants de Noël, les harmonise pour choeur ou en réalise des accompagnements de piano. Il est aidé dans ce travail par le chansonnier Xavier Privas (1863-1927) qui avait lui-même encouragé Théodore Botrel (1868-1925) dans son action en faveur des chants bretons. Il compose également de nombreuses pièces de genres variés et pour diverses formations. La plupart sont publiées et remportent un vif succès. Il termine sa carrière comme directeur du conservatoire de musique de Clermont-Ferrand, ainsi que le rapporte le périodique Echo musical de l'Afrique du Nord de janvier 1937 qui reprenait un article du journal Musique et Concours :

 

     « Grande est notre joie. Francisque Darcieux, l'un de nos meilleurs amis, vient d'être nommé directeur à Clermont-Ferrand, en remplacement de M. Gémont, décédé.[2]

     Voici un conservatoire qui reste en de bonnes mains et les gens de Clermont peuvent être fiers de leur choix. Lorsque, au mois de juillet dernier, Darcieux écrivit dans Musique et Concours l'éloge de Gémont, il ne pensait pas être appelé à lui succéder un jour, pourtant nul n'était plus digne que lui d'une telle succession. Il est un artiste complet, convaincu, sincère. Il est modeste, trop sans doute, car d'autres à sa place se seraient fait connaître des masses. Darcieux, au contraire, se contente de l'estime profonde qu'il inspire à tous ceux qui l'approchent.

     Son œuvre de compositeur est considérable. Il était parmi les élèves préférés de Vincent d'Indy qui lui confia la transcription de nombreuses de ses œuvres. Il a écrit plus de cinquante œuvres d'orchestre, parmi lesquelles une grande Symphonie, Carillons dans la nuit (poème symphonique), Bretagne, Séville, Dans le parc enchanté, Impressions d'Alsace, œuvres colorées, à l'inspiration riche, à l'orchestre généreux. Au théâtre : Odristix fut joué au Trianon-Lyrique, Le Mont Saint-Michel fut représenté 360 fois, Ecce Homo connut 150 représentations à Paris et à l'étranger, Fossette, Le Petit Reporter, sont de délicieux opéras comiques en 3 actes. Darcieux écrivit encore des ballets et divertissements et diverses petites pièces à 1 et 2 actes, de la musique de chambre, trios, sonates, plus de 50 mélodies, 3 recueils de pièces et de nombreux morceaux de concerts pour piano, de nombreuses chansons sur le folklore français et d'innombrables œuvres chorales originales et transcrites.

     Ayant fait toute la guerre sur le front, il fut nommé chef de musique au 56ème RIT et au 7ème RIT. Il organisa les premières musiques militaires en Alsace reconquise. Revenu à l'activité civile, il dirigea de nombreuses manifestations artistiques et dirigea notamment l'ensemble des artistes de l'Opéra et de l'Opéra-Comique (orchestres et choeurs) à la Semaine Debussy de Saint-Germain-en-Laye.

     Officier de l'Instruction publique et du Nicham-Iftikhar, titulaire des médailles de l'encouragement au progrès, au dévouement, du mérite civique. Darcieux fut nommé, il y a un an, chevalier de la Légion d'honneur. Président pour la France de l'Institut colonial Nord-Africain de musique populaire, conseiller artistique de la Confédération musicale de France, membre des diverses sociétés d'auteurs et journalistes musicaux, il appartient à tous les cercles musicaux les plus réputés.

     Le nouveau directeur, qui est entré en fonctions au début de décembre, est chargé de faire les classes d'harmonie et d'histoire de la musique.

     Parmi de nombreux projets destinés à continuer et amplifier à Clermont l'oeuvre de M. Gémont, il compte créer une classe d'orchestre et plus tard une classe de direction pour former les jeunes chefs de sociétés ; il compte développer l'orchestre du conservatoire en créant une société des concerts.

     Souhaitons que sous l'impulsion active et heureuse de Darcieux, le conservatoire de Clermont puisse bientôt rivaliser avec les plus réputées de nos écoles françaises. »

 

Après seulement un an de fonctions, Francisque Darcieux avait réalisé de grandes choses au conservatoire de Clermont-Ferrand, ainsi qu'on pouvait le lire dans la revue Lyrica de juillet 1938 (p. 3130) :

 

     « Durant l'année scolaire 1937-38, les cours de l'Ecole Nationale de musique ont été suivis par 200 élèves dont 115 jeunes filles et 85 garçons.

     Avec son directeur actuel, M. Francisque Darcieux, l'Ecole Nationale connaît une activité bienfaisante et de gros succès.

     Au concours du Conservatoire National de Paris, trois de nos élèves ont été récompensés. Ce sont MM. Abraham, corniste, Perrier, hautboïste, Voirin, violoncelliste.

     Au début de 1937, l'Association des concerts du conservatoire fut fondée par le nouveau et éminent directeur, M. Francisque Darcieux qui, par ses grandes connaissances artistiques et son talent d'animateur a su grouper sous sa baguette tous les professeurs de l'école, les élèves anciens et nouveaux, les bons musiciens de la ville et les amis de la bonne musique, soit un orchestre de 80 musiciens. »

 

Voici quelques titres des recueils de chants régionaux ou traditionnels harmonisés par Francisque Darcieux ou pour lesquels il a réalisé un accompagnement de piano. Les textes, parfois en patois, ont été traduits, notamment par Maurice Duhamel (1884-1940)

 

Signature autographe, 1936 (DR.)

- Chansons bressanes (Paris, Rouart, 1908)

- 20 Chansons populaires du Massif Central (Paris, Lemoine, 1933)

- 10 Choeurs français sur des chansons populaires (Paris, Rouart, 1936)

- 10 Noëls bressans (Paris, Rouart, 1906)

- Carillons bressans (Paris, Rouart, sd)

- Chansons du XVIIIème siècle (Paris, Hamelle, 1913)

- Les Noëls bourguignons de Bernard de La Monnoye (Paris, Gaillard, 1914)

- Noëls populaires de Provence (Paris, Delagrave, 1927)

- Rondes et chansons populaires enfantines (Paris, Hamelle, 1926)

- 5 Vieilles Chansons lyonnaises (Lyon, Maroky, 1907)

- Mélodies populaires russes (Paris, Leduc, 1937)

- Les Vieilles Chansons populaires du Berry (Paris, Besnard)

 

 

Olivier Geoffroy

(octobre 2017)



[1]   Né précisément le 19 avril, du légitime mariage de Joseph Darcieux, originaire de Feysin (Rhône), cocher puis maître d'hôtel à Saint-Genis-Laval, et de Pierrette Guinand, originaire d'Orliènas (Rhône), à la Schola Cantorum il fréquenta également une classe de piano, dans laquelle il décrocha en 1905 son diplôme (1er degré). Il est décédé le 2 août 1951 à Paris 17°. Dans les années trente, il fut, entre autres, directeur du « Cercle choral des Chemins de fer de l'Etat » composé de 100 cheminots chanteurs, directeur général du « Cercle choral Parisien » avec 95 exécutants, directeur des cours de « l'Oeuvre de la Chanson Française », membre de la Commission artistique de la Fédération Musical de France et de celle des Fédérations du Sud-Est, membre de l'Association des journalistes orphéoniques. (NDLR)

[2]   Louis Gémont (1872-1936), ancien élève à Paris de l'Ecole Niedermeyer, organiste en région parisienne, puis à partir de 1902 à Clermont-Ferrand (Notre-Dame du Port, puis nommé en 1921 à la cathédrale à la suite d'Aloÿs Claussmann), dirigea le Conservatoire de cette ville à compter de 1923 jusqu'à sa mort arrivée le 7 juillet 1936. (NDLR)

 

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