Le chanoine Edmond Chabot
(1874 - 1962)

Edmond Chabot
(coll. DHM) DR.

 

En 2014, un recueil de soixante pièces pour orgue sans pédale ou harmonium du chanoine Chabot a été réimprimé chez Carrara. L'occasion nous est donnée de revenir sur ce maître de chapelle et compositeur de talent.

 

Sa famille originaire de Metz s'était installée à Marseille et c'est dans la cité phocéenne qu'Edmond Chabot naquit le 21 décembre 1874. Il accomplit l'essentiel de sa formation musicale au conservatoire de Marseille, dans la classe d'orgue d'Henri Messerer (1838-1923), par ailleurs titulaire du Cavaillé-Coll de l'église Saint-Charles. Il étudia également auprès de l'abbé Grosso, organiste de choeur de Saint-Joseph de Marseille. Plus tard, il perfectionnera sa connaissance de l'interprétation du chant grégorien selon la méthode de Solesmes et se prévaudra du titre de disciple de Dom Mocquereau (1849-1930).

 

Ordonné prêtre, il devint professeur et maître de chapelle au petit séminaire de Marseille où il fut chargé de la formation musicale des jeunes séminaristes (solfège, harmonium, orgue, harmonie) et fit l'objet d'une grande considération de la part de ses homologues prêtres musiciens, tels que Mgr Maurice Kaltnecker (1884-1959), supérieur du petit séminaire de Nancy, ou Mgr Perruchot, de Monaco. Sa méthode lui valut des éloges :

 

« L’académie de Marseille vient d’attribuer le Prix Beaujour de l’année courante à la Schola du petit séminaire de cette ville. Cette nouvelle a causé parmi les amis de l’art liturgique et du chant sacré à Marseille une satisfaction justifiée et unanime. Qu’il nous soit permis de féliciter de cette distinction […] M. l’abbé Chabot, l’éminent directeur de la Schola et ses élèves. […]

           

La Schola est dirigée par M. l’Abbé Chabot, […] maître de chapelle de la Cathédrale et c’est dans le vaste chœur du premier de nos édifices religieux qu’elle tient ses harmonieuses assises. S’il vous a été donné d’assister dans l’immense vaisseau à un office pontifical, vous avez été certainement émerveillés par les magnificences sonores qui s'y déploient. En attendant qu'un orgue digne du temple y fasse éclater sa puissante voix, le chant grégorien, exécuté suivant les meilleures traditions bénédictines, y partage la souveraineté avec la polyphonie palestrinienne. […]

           

L'exécution dite « a cappella » s'impose absolument à cet art architectural, mais vous ne sauriez concevoir la grandeur de l'effort que demande sa parfaite mise au point. Sans parler de la difficulté des intonations souvent très délicates que rien ne vient étayer, la mise en valeur relative des différents dessins et le réglage des nuances d'ensemble exigent des choristes une attention, du chef une compréhension et une faculté d'extériorisation qui tiennent du prodige. C'est pourtant ce prodige que réalisent journellement M. l'abbé Chabot et ses jeunes élèves, grâce à une organisation aussi simple que féconde dont voici un aperçu sommaire. Tous les élèves du Petit-Séminaire sans exception apprennent non seulement le solfège grégorien, mais aussi le solfège musical qui fait partie intégrante des études ecclésiastiques. (N'est-ce pas là un exemple que l'Université pourrait méditer avec fruit ?) En raison du caractère obligatoire de cet enseignement, bien des talents qui s'ignoraient' sont mis en évidence et les élèves les mieux doués, au nombre d'une cinquantaine environ, sont admis à la Schola. Les voix aiguës et moyennes sont ainsi qu'il convient en majorité, mais les voix graves se recrutent en quantité suffisante après la mue pour qu'il ne soit pas nécessaire de les encadrer par des éléments étrangers. Aucune répétition n'est prise sur le temps destiné aux études secondaires on se contente des classes de chant fixées par le règlement toutefois, le dimanche, les élèves sacrifient une de leurs récréations pour rendre possible une répétition supplémentaire. Il n'en faut pas plus, la foi aidant, pour soulever les montagnes et transporter un peu de la Sixtine à Marseille. […]

 

Cathédrale de Marseille
Cathédrale de Marseille
(coll. O. Geoffroy)

C'est ce qu'a su comprendre et réaliser M. l'abbé Chabot. Artiste affiné et ardent, il n'a pas voulu faire de son activité de musicien autre chose qu'une œuvre d'apostolat chrétien, un acte permanent de ministère religieux. Et depuis vingt ans, il consacre tout son dévouement, tout son grand talent à cette œuvre éminemment faite pour stimuler le zèle de son âme sacerdotale donner aux séminaristes, aux futurs prêtres les connaissances et le goût nécessaires pour exécuter le chant de l'Eglise et pour l'enseigner plus tard eux-mêmes et le répandre autour d'eux. Aussi, auprès de lui, se sont groupés, après quelques années, un grand nombre de jeunes prêtres, ses anciens élèves, avec lesquels il entretient les rapports les plus cordiaux et les plus délicats, et qui, dans les divers milieux où l'autorité épiscopale les a appelés à exercer le saint ministère, font pénétrer l'amour de la vraie musique sacrée et du chant grégorien. […] La diffusion du chant grégorien est l'objet essentiel et doit être le but principal de l'activité de ceux qui veulent se consacrer à l'apostolat chrétien par la célébration des offices liturgiques.

 

Tel est aussi l'enseignement que nous devons tirer de l'exemple de M. l'abbé Chabot. Il n'a jamais perdu de vue que, plus que toute musique mesurée et polyphone, le chant grégorien est le vrai chant de l'Eglise, le chant traditionnel et officiel de la liturgie romaine, et, selon les propres expressions du Motu proprio de Pie X du 22 novembre 1903, « le suprême modèle de toute musique sacrée » son premier désir fut de le faire aimer et de le répandre. C'est pourquoi, avant de commencer son apostolat à Marseille, M. l'abbé Chabot a fait un voyage d'études, un pèlerinage à l'Abbaye de Solesmes, qui n'était pas alors, comme maintenant, hélas et, espérons-le, pour peu de temps encore exilée de la terre de France. Là, il a écouté, le crayon à la main pour en noter les moindres détails, le chant des moines, il s'est mis à l'école du plus grand et du plus incontesté des maîtres en la matière, Dom Mocquereau, et il s'est muni, sur le plain-chant grégorien, d'une documentation étendue et très sûre. Aussi son œuvre grégorienne à Marseille, basée sur une connaissance personnelle consciencieuse et approfondie des cantilènes grégoriennes, inspirée par un amour pieux et un goût intelligent pour le chant liturgique, poursuivie avec un zèle ardent et une inlassable ténacité, a-t-elle été des plus étendues et des plus fécondes. Elle s'est exercée d'abord au Petit Séminaire, par l'enseignement du solfège grégorien et des règles de l'interprétation du chant liturgique donné à tous les élèves, par la pratique assidue du chant grégorien dans les cérémonies, et par une formation plus spéciale donnée aux élèves organistes, choisis parmi les séminaristes les mieux doués, en vue de l'accompagnement des cantilènes sacrées et de l'exercice de la direction du chant.

 

La bonne influence de M. l'abbé Chabot en faveur du chant grégorien s'est exercée également, par le Petit Séminaire, sur le clergé et les fidèles du diocèse de Marseille. Elle s'est exercée, directement ou indirectement, par d'autres voies encore, et, notamment, dans diverses maisons d'éducation ou communautés religieuses et auprès de plusieurs parmi les jeunes organistes de la ville auxquels il a enseigné les principes du chant et de l'accompagnement des mélodies liturgiques. Nous souhaitons que cet exemple, qui n'est, grâce à Dieu, pas unique en France, mais qui a été encore peu ou mal suivi, – trouve de nombreux imitateurs. Faire aimer le chant grégorien, c'est l'œuvre la plus urgente. »

(F. Boulfard, « Le chant grégorien et l’académie de Marseille », in : La vie et les arts liturgiques, 5ème année, n° 47, Paris, 1918, p. 816-18)

 

Tout en accomplissant son ministère professoral, il fut nommé organiste et maître de chapelle de la cathédrale Sainte-Marie-Majeure de Marseille (petit orgue Mader, 14 jeux, 1896, puis orgue Merklin et Kühn, 31 jeux, 1931) et y dirigea avec brio la Schola et la maîtrise souvent renforcées par les voix graves des grands séminaristes. Il y sera d'ailleurs élevé à la dignité de chanoine.

 

Il mourut dans sa ville natale le 9 décembre 1962.

 

Cet excellent pédagogue fut également un compositeur talentueux. Son écriture, toujours très classique mais sans verser dans un académisme rebutant, ne manque pas de charme.

 

 

Extrait du catalogue Chanoine Chabot :

Cinq oratorios,

Huit volumes de pièces liturgiques pour harmonium,

Vade-Mecum de l'organiste

Cinquante pièces pour l'office divin (harmonium),

Cantate Domino (quatre volumes de son célèbre florilège de chants et motets latins en polyphonie, œuvres originales ou extraites de pages des grands maîtres, plusieurs fois réédités et qui ont eu un grand retentissement dans de nombreuses paroisses françaises),

Une douzaine de messes polyphoniques,

Une méthode d'accompagnement du chant grégorien,

Cantiques en français,

Faux-bourdons,

Harmonisations de cantiques célèbres et de kyriale grégoriens, dont certaines étaient publiées dans le supplément musical de la revue La Petit Maîtrise,

Un recueil de psaumes à trois voix mixtes,

Un Noël français à une voix.

 

La publication de ses œuvres donnait lieu à des relations ou une publicité dans les différents bulletins périodiques diocésains, ce qui rendait possible une large diffusion de celles-ci. Il est, enfin, l'auteur d'un certain nombre d'articles relatifs au chant grégorien, à son interprétation, à différents congrès de musique sacrée parus, notamment, dans la Revue grégorienne ou La Petite Maîtrise.

 

Olivier Geoffroy

(septembre 2017)



Fugue à 3 parties (in La Petite Maîtrise, août 1921, coll. DHM) DR.
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Sortie (in La Petite Maîtrise, février 1921, coll. DHM) DR.
Audio lecteur Windows Media Fichier audio par Max Méreaux (DR.)


Fiche de renseignements sur la Maîtrise de la cathédrale de Marseille renseignée par le Chanoine Chabot, Marseille, le 3 avril 1944
(coll. DHM)


DISCIPLE DE MESSERER,
LE CHANOINE CHABOT A ENSEIGNÉ DURANT CINQUANTE-TROIS ANS
LE CULTE DE DIEU ET CELUI DE LA MUSIQUE

 

 

in Musique Sacrée, octobre 1953

(coll. D.H.M.)

 

 

Les musiciens et les choristes de Marseille veulent rendre hommage, aujourd’hui, à un autre « chantre de Dieu » qui a tout fait à Marseille pour la musique sacrée, que tout le monde estime et vénère, M. le Chanoine Chabot qui, homme modeste, est resté continuellement dans l’ombre des piliers d’un temple qu’il a splendidement illuminé de son talent.

 

Ses compositions musicales mises à part, pour l’instant, M. le Chanoine Chabot s’est dévoué, « toute une vie », au séminaire, où il a enseigné à quelques générations de disciples les bases de la musique sacrée et, plus particulièrement, les préceptes du chant grégorien. Il a donc été, d’abord, un éducateur — ce qui a marqué sa vie — et il a rempli, avec une fidélité scrupuleuse, la tâche à laquelle Dieu l’avait destiné, et qui était d’enseigner.

 

Tous ses élèves lui sont restés farouchement attachés, et je suis persuadé que cela constitue, pour le vieux maître, une splendide récompense. J’en possède des témoignages éclatants.

 

Je citerai, entre autres : MM. les Chanoines Giraud et Sasia, de notre diocèse ; M. l’abbé Multini, à Eoures ; M. l’abbé Bos, M. l’abbé Toméi[1], MM. Laboucarie, Giraud, Roubaud, tous musiciens de talent, compositeurs, chefs de chorales ou animateurs remarquables des offices sacrés. Et il y en a encore bien d’autres.

 

Pour l’étude et pour la connaissance du plain- chant, M. le Chanoine Chabot a donné tout son cœur à une heure — pas facile — où les nouvelles prescriptions du « Motu Proprio » exigeaient des prêtres un — parfois — cruel renoncement aux anciennes façons de chanter le chant d’église, et provoquaient, chez certains réfractaires, de très sérieuses résistances ou refus de se soumettre. Il sut, néanmoins, faire face charitablement, à ces difficultés et, finalement, en avoir raison, aidé dans cette réforme, ingrate s’il en fut, par Dom Grosso, qui l’a puissamment aidé dans cette rénovation ordonnée par le Saint-Siège.

 

 

UN TRAVAIL ARDU

 

M. le Chanoine Chabot a besogné durement au Séminaire de Marseille, en demandant aux élèves les plus doués en musique de s’astreindre à un travail ardu pour apprendre le chant grégorien à une époque où cet enseignement n’y était point obligatoire, mais simplement recommandé.

 

Heureusement, la Sacrée Congrégation des Séminaires a maintenant transformé radicalement cette situation précaire — qu’avait l’enseignement de la musique sacrée — en ordonnant, dans sa fameuse lettre du 15 août 1949, aux séminaires du monde entier, que son enseignement soit inscrit au programme des études parmi les branches obligatoires, les heures à lui consacrer étant inscrites au programme général des études et le professeur de musique prenant sa place, avec droits égaux, au sein du corps professoral.

 

Ce jour là, je crois que M. le Chanoine Chabot a dû tressaillir de bonheur en pensant aux bienfaits qu’une telle décision allait apporter à la cause religieuse certes, mais surtout à celle de la musique sacrée, du chant, du maître de chorale et de l’organiste.

 

 

UN RECUEIL DE CHOIX

 

En tant qu’organiste-accompagnateur du chant grégorien, M. le Chanoine Chabot a rendu, au diocèse un éminent service en établissant, à l’usage des musiciens, son recueil d’accompagnements dans le style le plus pur, pour tous les offices de l’année liturgique. On s’en sert encore tous les jours. Il a rassemblé, groupé, clarifié et harmonisé de nombreux motets, rendant ainsi au diocèse, aux chorales et aux fidèles leur tâche plus facile dans le déroulement des offices.

 

Il a, en outre, formé des chorales, organisé les belles manifestations officielles de notre cathédrale. Il a suscité des dévouements de toutes sortes pour l’art sacré, et il draine continuellement, autour de lui, une foule de dévoués admirateurs qui, pour la plupart, se retrouvent dans l’Ensemble Marie Tournon — sa chorale actuelle — qui peut prétendre, à Marseille, à une place des plus enviables.

 

 

UNE INSPIRATION ARDENTE

 

Le Chanoine Chabot a donc, sa vie durant, travaillé pour le chœur d’église, et c’est maintenant que nous en arrivons à ses compositions musicales qui sont nombreuses et fort appréciées. Le compositeur a touché à la fois au cantique, au motet, et, surtout, à l’oratorio, où son inspiration ardente a pu se donner libre cours. Je crois que son chef-d’œuvre est son oratorio Marie-Madeleine, le quatrième de composition, qui fut écrit en 1937 et qu’on a souvent qualifié — à tort, prétend-il — d’opéra. C'est bien certainement la meilleure œuvre du maître, celle qui a bénéficié de la plénitude d’un talent déjà rodé à merveille par une vie de recherches et d’inspirations solitaires au clavier des orgues de notre cathédrale.

 

Citons également un autre oratorio : Jésus perdu et retrouvé au Temple, où on peut goûter une fraîcheur sentimentale naïve et une construction harmonique parfaite.

 

Le style musical du Chanoine Chabot s’apparente souvent à celui du célèbre musicien, Mgr Perruchot qui, à Paris, est en passe de devenir un des compositeurs les plus demandés et chantés. On reconnaît très souvent la même veine, le même ornement ou jubilus, la même richesse polyphonique dans les parties vocales qui, tour à tour, s’annoncent et développent ensuite le thème.

 

Le Chanoine Chabot a, du reste, connu intimement l’illustre maître de chapelle de la cathédrale de Monaco, et ils sont tous deux de la même école.

 

 

UNE ŒUVRE UTILE

 

L’œuvre de M. le Chanoine Chabot est immense, mais elle est utile. Il a senti cette utilité et il a osé, malgré sa grande, trop grande modestie. Le domine celle du musicien, fortement impressionné, et le motet, la messe et l’oratorio. L’âme du prêtre cœur du musicien a chanté, tour à tour, le cantique évidemment, par les vertus majeures d’Amour et de Charité, qui illuminent toute son œuvre. Le musicien aurait pu certainement s’attaquer avec le même bonheur aux œuvres profanes, car, comme notre Massenet, il possède une facilité insolente. Il a préféré rester constamment au service de la musique sacrée, là où Dieu l’avait appelé dans son magnifique et spécial apostolat.

 

Son grand maître d’harmonie et d’orgue a été M. Messerer, directeur du Conservatoire, à Marseille, qui fut également organiste à l’église Saint-Charles, le premier, dit-on, qui aurait joué à Marseille, à la messe, des fugues de Bach. M. le Chanoine Chabot reconnaît qu’il a gardé, de son maitre, à la fois la manière et le style et surtout l’art d'accoupler les jeux de l’orgue, chose difficile qui impose à l’artiste consciencieux une longue étude de l'instrument lui-même.

 

 

L’HOMME DE LA PROVIDENCE

 

M. le Chanoine Chabot est né à Marseille en 1874. Il a toujours l’allure d'un jeune homme qui aurait, certes, les épaules un peu voûtées. Il a l'esprit lucide, les yeux pétillants de cette vie intérieure mystique qui a toujours animé son corps et son esprit. Encore aujourd’hui, le vieux maître nous conseille et nous encourage.

 

Il n'aura poursuivi dans son effort que cette pensée de Dom Guéranger : « Le culte rendu à Dieu par l’Eglise se manifeste dans les chants sacrés ». Il a été l’homme que la Providence a envoyé dans notre diocèse pour s’occuper spécialement de cette idée générale. Il a toujours trouvé chez les évêques de Marseille les plus grands encouragements, venus bien avant les ordonnances pontificales.

 

Sa vie durant aura été le Séminaire — où il a été professeur pendant cinquante-trois ans — la musique, son enseignement, ses élèves, l’orgue, le chant choral et le culte de Dieu. C’est cet ensemble de charges qui continue à le faire vibrer. Il supporte, en effet, un fardeau redoutable qu'il nous léguera 'e plus tard possible, espérons-le, celui des gens qui emportent avec eux une connaissance lumineuse des hommes et des choses, et surtout un enseignement.

 

A. DESTOMBES,

Secrétaire de l’Amicale des Chorales.



[1]   Abbé Henri Tomei, directeur-fondateur des « Petits chanteurs de Saint-Lazare », dépendant de l'Oeuvre de Jeunesse de Saint-Raphaël (association catholique d'enfants et de jeunes gens), 13 rue Fauchier, Marseille. Cette maîtrise, fondée en novembre 1935, composée en 1944 de 15 soprani, 10 alti, 8 ténors et 8 basses assurait la partie musicale des cérémonies de l'église Saint-Lazare, située dans le 3e arrondissement marseillais, dotée d'un grand orgue Beaucourt et Voegeli (1858) de 27 jeux répartis sur 3 claviers manuels et pédalier, à traction entièrement mécanique. (note de la rédaction de Musica et Memoria)



Mort de M. le Chanoine CHABOT

ancien Maître de chapelle de la Cathédrale de Marseille

 

 

in Musique sacrée, mars 1963

(coll. D.H.M.)

 

M. le Chanoine Chabot s’est éteint doucement dans son petit logement d’Aumônier de la Maison des Dames Réunies à St-Just (Marseille) où l’âge et la maladie le retenaient depuis longtemps déjà hors de toute activité. Né en 1874 il était le doyen du clergé marseillais.

 

Toute sa vie sacerdotale jusqu’aux années de retraite forcée, s’est déroulée au Petit Séminaire de Marseille sa ville natale. Plus de cinquante années au cours desquelles, après les lettres, il professe surtout le chant et la musique sacrée.

 

Il eut comme maîtres de musique : Don Grosso des Salésiens, Messerer et Caune du Conservatoire de Marseille, Mgr Perruchot et Dom Mocquereau des Bénédictins de Solesmes. Il fit ses études ecclésiastiques au Petit Séminaire de sa ville natale où il fut ensuite nommé professeur de lettres, puis de musique.

 

Faisant sienne la devise du Psalmiste : « Tant que je vivrai je chanterai les louanges du Seigneur », jamais il n’a rien négligé pour faire de ses disciples des chanteurs éprouvés, capables d’assurer d’excellentes exécutions pour les offices pontificaux auxquels sa chapelle musicale renom- née donna toujours un grand éclat.

 

Ce musicien-né eut le grand mérite, après le décret de Saint Pie X sur la musique sacrée, d’introduire le chant grégorien dans le diocèse et d’y former des séminaristes. D’autre part, il forma également de très nombreux futurs prêtres à cette discipline comme aux techniques de l’accompagnement ou du chant choral. Maître de Chapelle de la Cathédrale de Marseille, à l’orgue comme au pupitre de Chef de chorale il sut donner aux offices pontificaux un éclat remarquable. Maître il le fut dans toute la force du terme et ceux qu’il a formés ne sont pas près de l’oublier. D’ailleurs, et c’est là le principal titre de gloire de son apostolat liturgique, ses élèves comptent parmi la plupart des organistes des paroisses de la ville.

 

En 1918, il mérita le prix « Beaujour » décerné par l’Académie de Marseille, en 1922 Mgr Fabre le nomma Chanoine honoraire de la Cathédrale, en 1929 il fut nommé Officier d’Académie et finalement en 1936, le Ministre des Beaux-Arts en récompense des services rendus par lui à l’art musical, le nommait Officier de l’Instruction publique.

 

Sans parler des innombrables compositions plus modestes et des centaines de cantiques populaires qui ont le charme particulier de la simplicité et de la clarté, le Maître Chabot est l’auteur de douze Messes à plusieurs voix, dans lesquelles vibre toute sa foi d’artiste. Il a composé, en outre, une dizaine d’Oratorios, dont quatre avec orchestre. De plus il a fait publier plusieurs volumes de pièces pour harmonium et huit de Compositions pour Orgue sans pédale obligée.

 

En vrai prêtre, le Chanoine Chabot s’est toujours servi de la musique pour prier et faire prier les fidèles selon le mot de saint Augustin : « Qui chante bien prie deux fois » (sa devise préférée). Il jouit dans sa ville et au dehors d’une estime bien méritée et les deux insignes musiciens Mgr Casimiri et Mgr Perruchot l’honorèrent de leur amitié recherchée.

 

Ses obsèques ont eu lieu dans l’Eglise de St-Just à Marseille et furent présidées par Mgr Lallier archevêque de Marseille qu’assistaient Mgr Gros, vicaire général et Mgr Prévôt du Chapitre. La grand-messe de Requiem a été célébrée par Mgr Artufel, vicaire général.

 

Aux très nombreux prêtres qui avaient tenu à venir prier pour celui qui fut leur très vénéré professeur au Petit Séminaire, s’étaient joints beaucoup d’anciens élèves, maintenant organistes de paroisses, chefs ou membres de chorales et bien des amis pour lesquels le Chanoine Chabot demeurait le prêtre et le Maître regretté.

 

Une importante délégation du Petit Séminaire, conduite par M. le Supérieur, assura le service de l’autel et participa au chant grégorien alternant avec les anciens élèves et l’Ensemble Vocal Marie Tournon (qui eut l’honneur d’assurer l’exécution des Oratorios du Maître). Tous ont offert avec tout leur cœur cette dernière pièce grégorienne en hommage au souvenir de leur vieux Maître si regretté.

 

Mgr Lallier, chef du diocèse, avant de donner lui-même l’absoute, a prononcé l’éloge funèbre du Chanoine Chabot en termes très émus et excessivement délicats. Il fit ressortir d’une manière très sensible la vie exemplaire du Maître, son dévouement obscur, sa charité bienveillante et sa science musicale qu’il sut faire passer en ses nombreux élèves à qui il a fait comprendre les beautés du chant sacré. C’est le plus sublime souvenir que ceux-ci garderont de celui qu’ils regrettent tant.

 

Le deuil était conduit par Mlle Marguerite Chabot, admirable sœur du Maître pour qui elle se sacrifia toute sa vie durant et qui le soigna avec un inlassable dévouement, pendant sa longue et cruelle maladie.

G.P., un ancien élève



Carte de visite autographe, avril 1944
(coll. DHM) DR.


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